Dialogue avec le Bouddhisme – 560

Le bouddhisme se situe à la frontière entre religion et philosophie. D’autres diraient dans l’intersection des deux. C’est une recherche de paix intérieure basée sur l’expérience d’un personnage dont l’existence ne fait plus de doute, Siddharta Gautama, mieux connu sous le nom de Bouddha. Ce dernier ne s’est jamais considéré comme un dieu et le bouddhisme original ne le considérait pas ainsi non plus bien qu’aujourd’hui certains de ses disciples lui rendent un hommage qui ressemble beaucoup à un culte.

L’histoire de SiddhartaGautama

Il existe plusieurs versions de l’histoire de ce personnage. Bien que de nombreux détails diffèrent d’une version à l’autre, l’ensemble des versions s’entendent sur l’essentiel.

Au sixième siècle avant Jésus-Christ, Siddharta était le fils d’un roi très puissant et très riche qui a voulu préserver son fils de toute souffrance et de toute connaissance de la misère, de la pauvreté et de la maladie. Son père ne voulait surtout pas que son fils devienne un gourou ou un Sâdhu de la religion hindoue. En effet, la famille de Siddharta pratiquait les rites de l’hindouisme. Le jeune homme se maria avec sa cousine et eut un fils. Un jour, il décida de quitter son palais doré et d’aller explorer le monde. Malgré les précautions prises par son père pour lui cacher la vue de la misère, il rencontra des personnes malades, souffrantes et même   un mort dont on préparait le bucher.  Cette vue le bouleversa profondément. Il s’enfuit laissant derrière père, femme, enfant et palais.

Il vit un moine hindou dénudé, assis en méditation et qui vivait de nourriture mendiée. On lui dit que ce moine cherchait la libération des successions de réincarnations comme le font les hindous les plus religieux, les Sâdhus. Ces derniers croient qu’en vivant de méditation, de jeûnes et de bonnes mœurs on peut se libérer de la souffrance et sortir de la série des réincarnations.

Siddharta décida de se faire moine à la manière de celui qu’il a rencontré. Il pousse la mortification jusqu’à l’extrême.  Il cherchait la vérité au travers ses jeûnes, ses méditations et ses longs temps d’immobilité. Il réalisa soudainement que cette façon de faire était trop élitiste et qu’il était impossible par ce moyen de délivrer l’humanité de la souffrance. Ça ne menait qu’à la mort.

C’est à ce point qu’il s’éloigna un peu de l’hindouisme pour trouver ce qui sera réellement la voie du bouddhisme.  Il recommença à manger, acceptant la nourriture qu’on lui offrait. Il avait compris que le vrai chemin était au milieu, entre la richesse somptueuse du palais de sa jeunesse et l’ascèse excessive des Sâdhus hindous.

C’est là, après une longue immobilité, après avoir résisté à des tentations, en cherchant l’éveil, l’illumination et la vérité qu’il devint un bodhisattva, un aspirant à la dignité de Bouddha et devint le premier des bouddhas, des illuminés.  Le terme nirvana est utilisé pour définir cet état de libération dans le bouddhisme. C’est alors que devenu  Bouddha il décida qu’il devait enseigner aux humains la vérité et la sagesse qu’il avait découvertes. C’était une voie du milieu entre les excès de richesse et de pauvreté.

La doctrine bouddhiste est basée sur les 4 grandes vérités. C’est une élaboration de ces vérités et les moyens de les appliquer dans la vie des fidèles.

Les 4 grandes vérités:

                La souffrance fait partie de l’existence humaine.

                La cause de toute souffrance est le désir.

                Pour éliminer la souffrance, il faut se dépouiller de ses désirs.

                Il y a un moyen pour atteindre le nirvana, la libération.

En quoi les bouddhistes croient-ils?

Nous l’avons vu, le bouddhisme a pris son origine dans l’hindouisme. Le samsara, la suite de réincarnations qui consiste en la transmigration de l’âme d’une vie à l’autre, et le désir de délivrance de ce cycle de vies pour atteindre une entrée fusionnelle dans une sorte d’état divin sont des croyances communes à ces deux religions. Dans les deux cas, le karma, bagage de nos bonnes et mauvaises actions, est ce qui influence le samsara. Quand un être a réussi à accomplir ou à se défaire de tout son karma, c’est alors qu’il atteint le nirvana et la libération.

Le principal point de différenciation entre le bouddhisme et l’hindouisme est la façon d’en arriver à cette libération. L’hindouisme ne croit qu’en une ascèse d’extrême austérité alors que le bouddhisme, bien qu’acceptant la valeur du renoncement, cherche cette délivrance par un genre d’ascèse plus modéré, la voie du milieu.

Il existe aussi d’autres différences fondamentales. Le bouddhisme ne reconnait pas le système des castes ni un statut inférieur pour la femme. Il y a des moniales bouddhistes comme il y a des moines mais les moniales hindoues sont pratiquement inexistantes. Le bouddhisme est plus universel, il veut offrir à tous, qui qu’ils soient, un chemin du milieu qui conduise à une paix intérieure.

Les livres sacrés du bouddhisme

 Comme dans bien d’autres religions, les livres sacrés ne furent pas écrits dès le début, dès la fondation. Ce n’est qu’environ quatre siècles  après la mort de Bouddha que les premiers textes furent écrits. Les enseignements avaient été transmis par tradition orale. Le tripitaka, formé de trois corbeilles: vinaya, sutra, abhidharma, renferme l’essentiel des paroles attribuées à Bouddha.

Religion ou philosophie

 

Bouddha n’a jamais eu l’intention de fonder une religion. Il a cherché et trouvé un moyen de parvenir à l’illumination et a ensuite enseigné ce moyen à tous ceux qui voulaient l’entendre. Il ne se voyait pas comme un prophète ou un envoyé de la divinité. Il n’était qu’un chercheur de paix et un professeur de méthodologie. Il n’a pas renié sa religion hindoue. Il en a conservé bien des croyances mais a laissé tomber certains aspects qui semblaient être des entraves sur la voie qu’il proposait à tous.

L’hindouisme était un peu fermé sur lui-même. Bouddha l’a ouvert sur l’humanité entière.

Différents groupes dans le  bouddhisme

À l’intérieur de bien des religions il y a des divisions. Pensons aux différentes divisions parmi les chrétiens pour comprendre. Il y a aussi différents groupes à l’intérieur du bouddhisme. En voici parmi les plus représentatifs:

Le petit véhicule(Theravada) est caractérisé par la stricte observance. Ses adeptes voient la possibilité de libération personnelle  principalement dans la vie monastique. Le grand véhicule (Mahayana) au contraire recherche la libération de tous les êtres vivants. Ses adeptes cultivent une très grande compassion universelle.

Le bouddhisme tibétain fait partie du grand véhicule et on y a inclus certaines croyances de la région de l’Himalaya. Il fut introduit au Tibet par un moine indien vers le huitième siècle. C’est là que l’on retrouve le personnage du dalaï-lama. Ce personnage se dit être la réincarnation de son prédécesseur, il serait le quatorzième de la lignée.  Il s’est exilé à cause de troubles politiques dans son pays et maintenant il réside en Indes et voyage un peu comme ambassadeur de la paix partout dans le monde.

Rituels

Plusieurs rituels bouddhistes sont utilisés en occident par des personnes qui cherchent une spiritualité ou simplement un moyen d’hygiène physique et mentale.

La méditation des textes sacrés, la méditation Zen, le yoga sont des techniques utilisées par bien des personnes qui y trouvent une paix et un certain apaisement des tracas de leur vie. Parmi les fidèles du grand véhicule, il y a les bodhisattvas qui sont des êtres qui retardent volontairement leur libération afin de pouvoir aider ceux qui ont plus de difficulté à cheminer vers cette libération.

Culte de Bouddha

Nous l’avons dit, Bouddha n’était pas un dieu et il ne voulait pas être considéré comme tel. Dans un milieu hindou, au milieu de cette multitude de dieux plus ou moins fantaisistes, il était difficile de ne pas avoir de représentation pour le maître. Au début on le représentait par des monuments dans lesquels on gardait des reliques ou par l’arbre sous lequel il avait connu la vérité ou sous d’autres signes. Ce n’est que plusieurs années après le début de notre ère que l’on commença à la représenter sous forme de statue. Habituellement cette statue a la position assise qui sied bien à la méditation. Parfois, bien que plus rarement, on verra aussi la statue couchée, position dans laquelle  Bouddha a atteint le nirvana. On présente des offrandes au Bouddha, on fait tourner des moulins de prière et on rend d’autres hommages. Les statues de Bouddha ne sont pas à proprement parler des idoles, ce sont des objets qui invitent à la prière selon la spiritualité enseignée par Bouddha.

Possibilités de dialogue

D’une façon générale les bouddhistes sont des gens pacifiques avec lesquels il est facile de s’entendre. Bien qu’ils espèrent éventuellement, comme nous, une certaine forme de ciel, ce dernier est différent du nôtre. Pour eux ils espèrent se dissoudre dans la divinité comme une goutte d’eau se perd dans l’océan. Les Chrétiens, les Juifs et les Musulmans voient plutôt une forme de vie personnelle qui deviendra éternelle. Dans les deux cas, cette croyance en un futur heureux nous invite à faire le bien. Il est donc relativement facile de vivre avec eux le bon voisinage et l’engagement communautaire sous plusieurs formes. Les bouddhistes reconnaissent que pratiquement toutes les religions ont une valeur positive.

Matthieu Ricard le célèbre Français,  docteur en génétique cellulaire, devenu moine bouddhiste au Népal, en parlant des bouddhistes du Myanmar, en référence à la persécution des musulmans,  a dit différentes phrases très claires:  « le bouddhisme n’admet en aucune façon la violence » et que « si le Bouddha était là aujourd’hui, il irait aider ces réfugiés », « les moines tueurs sont en contradiction avec leur religion », « Le bouddhisme est clair dans sa condamnation de la violence. »

La non-violence, le respect de la vie et de l’environnement (C’est l’un des sujets préférés de notre pape François) ainsi que tous les mouvements pour la paix sont des sujets où il est relativement facile de travailler entre chrétiens et bouddhistes.

Il existe aussi un mouvement de dialogue entre les moines bouddhistes et chrétiens qui échangent sur leurs moyens de faire méditation. C’est un bon exemple de dialogue profond. Le professeur Fabrice Blée de l’université Saint-Paul d’Ottawa est un expert dans ce domaine. Il a publié différents livres et articles sur ce sujet. Je recommande particulièrement: Le désert de l’altérité.

Dans les religions où le monachisme existe, on peut dire que les moines sont des experts en religion, ils sont des personnes qui se dévouent à la prière et au service du religieux. C’est pour cette raison que les moines sont souvent des experts qui peuvent tenir un dialogue plus profond.

Les symboles du bouddhisme

Cette roue est aussi appelée dharma chakra ou dhammachakka et elle est souvent utilisée pour représenter Bouddha lui-même. Elle est aussi universellement devenue le symbole du Bouddhisme. La roue du dharma a huit rayons, qui représentent le Sentier Octuple de Bouddha.
Les racines du lotus sont enfoncées dans la boue. La tige est dans l’eau et la fleur repose sur la surface de l’eau. Cette plante représente l’évolution de l’âme qui passe de la matérialité de la boue au travers l’expérience de l’eau vers l’exposition au soleil de l’illumination.

 

Il existe de nombreux symboles du bouddhisme. Les huit principaux sont nommés plus bas. Considérez les 8 branches du dharma chakra plus haut pour comprendre la signification du chiffre 8.

Parasol – deux poissons dorés – coquillage – roue – lotus – Bannière de victoire – vase – nœud éternel.

Bien qu’une image du bouddha soit souvent utilisée pour représenter le bouddhisme (comme au début de cet article), ce n’est pas une représentation officielle reconnue par les adeptes de cette religion.