Dialogue interreligieux

par René Mailloux f.m.s.

Qu’est-ce que c’est?

C’est une recherche commune de tous ceux qui croient au surnaturel et veulent s’entraider à lui donner un sens. Ce n’est pas comme un débat politique pour savoir qui gagnera le plus d’adeptes et s’imposera sur les autres. Les deux dessins suivants illustrent ce que doit être ce dialogue et ce qu’il ne doit pas être.

Dans ce premier dessin, nous voyons que tous regardent vers l’ultime et que l’unité se fait au niveau de l’objet visé.

Dans le second dessin, nous voyons que l’Absolu, la Vérité, le Salut et le  Bonheur demeurent dans les nuages et que personne ne s’en occupe tout occupés qu’ils sont à essayer de se tirer les uns vers les autres.

Jadis, on avait des pays chrétiens, des pays musulmans, des pays païens et dans ces pays, il y avait habituellement de petits groupes religieux minoritaires qui formaient comme des îlots au milieu d’une population plutôt homogène au point de vue religieux.

On était missionnaire ad extra si on allait dans des pays étrangers pour semer un peu d’Évangile, pour y construire un îlot chrétien qui, on l’espérait, ferait tache d’huile et occuperait toujours de plus en plus de place dans ce pays. Si on restait chez-soi, on était missionnaire ad intra et on travaillait à faire grandir la foi déjà semée presque partout autour de soi.

Maintenant, nous vivons dans le village global. Il y a partout de tout au point de vue religion, en plus de beaucoup d’agnosticisme et même d’athéisme. Nous nous retrouvons comme aux premiers temps de l’Église, quand les premiers groupes de chrétiens étaient perdus au milieu des Juifs et des païens. Même chez-nous, nous devons faire face au pluralisme religieux d’abord et  souvent à l’indifférence et même parfois à une opposition systématique à tout ce qui sent la religion.

De tous temps, les missionnaires ont reconnu la nécessité de connaître la langue et la culture des gens chez qui ils allaient missionner. Déjà saint Paul nous en donnait l’exemple dans son discours aux Athéniens (Actes 17, 16-32). Il citait un poète grec, faisait allusion à un monument de la ville et au sens religieux du peuple.

Croire dans un monde spirituel est déjà un point commun qui nous rapproche de tous ceux qui professent une religion quelle qu’elle soit. Être missionnaire, ce n’est pas chercher à convertir les autres, ça c’est le travail du Saint-Esprit, être missionnaire c’est chercher à découvrir Dieu avec toute personne qui cherche en même temps que nous. Pour qu’une recherche commune soit productive, il est important que les chercheurs se connaissent et connaissent aussi les moyens de recherche et les accomplissements des autres dans cette quête du monde spirituel.

Ce que nous présentons ici est un texte sur plusieurs des grandes religions de la terre, principalement celles qui sont les plus présentes chez-nous. Après une brève description de l’essentiel de chaque religion, nous regarderons les aspects qui peuvent permettre plus facilement un dialogue entre le christianisme et chacune d’elles.

Dieu, le surnaturel, le spirituel, le transcendant, le principe de tout, ce sont autant de sujets, différents seulement en apparence. C’est vers quoi tendent les croyants des différentes religions. C’est en regardant tous dans la même direction, vers ce sujet de notre recherche que nous réaliserons une unité. Le dialogue interreligieux devrait nous amener tous à  regarder vers le divin, qui sera finalement toujours le même, plutôt qu’à chercher des différences entre nous.

Pour illustrer ce propos, voici maintenant la liste des façons dont les différentes grandes religions énoncent la règle d’or que nous connaissons tous :

Chrétiens

En toutes choses, agissez envers les autres comme vous aimeriez qu’ils agissent envers vous; c’est toute la loi et les prophètes.

Jésus (Matthieu 7, 32)

Juifs

Ce qui est haineux pour toi, ne le fais pas à ton voisin. C’est toute la Torah; tout le reste n’est que commentaire.

Hillel (Tamul de Shabbat 31a)

Musulmans

Aucun de vous n’est réellement croyant avant qu’il souhaite pour les autres ce qu’il souhaite pour lui-même.

Prophète Mahomet (Hadith)

Bahaïsme

 

Ne met sur aucune âme un fardeau que tu n’aimerais pas porter et ne désire pour personne les choses que tu ne désirerais pas pour toi-même.

Baha’u’llah  (Gleanings)

Hindouisme

 

Ne faites pas aux autres ce qui vous ferait du mal si c’était fait à vous-même.

Mahabharata  5 :15,7

Bouddhistes

 

Ne traitez pas les autres d’une façon que vous-mêmes trouveriez blessante.

Le Bouddha  (Unda-Vaga 5, 18)

Sikhisme

Je ne suis un étranger pour personne et personne ne m’est étranger. En effet, je suis l’ami de tous.

Guru Granth Sahib (p.1299)

Spiritualité amérindienne

 

Nous sommes autant vivants que nous gardons la terre vivante.

Chef Dan George

Inspiré d’un poster des Scarboro Missions, Toronto.

L’hospitalité serait aussi un point commun à pratiquement toutes les religions. Si on prend chaque religion séparément et si on la rapproche du christianisme, on pourra trouver encore de nombreux points de contact.

Le premier niveau du dialogue interreligieux est le bon voisinage. Ne pas regarder les étrangers comme des étranges est déjà un début. Être poli et bienveillant envers ceux qui professent une religion différente de la nôtre est le premier pas à faire pour pouvoir entrer en dialogue. Respecter leurs différences et en même temps ne pas essayer de cacher ce que sont nos propres convictions religieuses. Ceci ne devrait pas nous empêcher de nous inviter les uns les autres pour une tasse de café sans que ce ne soit l’occasion d’une discussion religieuse. Ce pourrait cependant être une séance d’information sur le sens des particularités qui nous surprennent et que nous ne comprenons pas complètement.

Plus tard, on pourra s’engager dans un second niveau de dialogue qui consiste à faire des actions communes chacun au nom de sa foi propre. Par exemple, on pourra s’engager ensemble dans une distribution de soupe populaire parce que notre foi nous incite tous les deux à secourir les pauvres et les malheureux de toutes sortes.

Culture et religion sont très imbriquées l’une dans l’autre. Prendre part et même organiser des activités interculturelles est un bon moyen pour briser la glace et ouvrir la porte à un dialogue plus profond.

Le troisième niveau consiste à entrer dans la spiritualité de l’autre afin de partager des sentiments plus profonds. Il ne s’agit pas de faire des débats sur des sujets religieux. On vient à comprendre d’où part la conviction de l’autre et à en voir la beauté intérieure. Il est important de comprendre que le dialogue interreligieux n’est pas un débat qui aurait comme but de convertir des gens vers une autre religion.

Ce n’est pas facile d’arriver à ce troisième niveau. Quand on y arrive, on peut être certain que l’Esprit-Saint est présent. Quand on s’engage dans le dialogue interreligieux, il ne faut pas essayer de brûler les étapes. Mieux vaut bien faire à un niveau plus petit que de tout gâter en étant maladroit et en voulant trop en faire.

L’idée principale est d’essayer d’apprendre et de comprendre ce qui vient de l’autre. Il convient d’essayer de voir si nous pouvons utiliser ce que nous apprenons pour évaluer notre propre relation avec Dieu et l’améliorer.

La conversion ne consiste pas à changer de religion, mais à utiliser tout ce que nous apprenons pour améliorer notre propre relation à Dieu et aux autres.

Le dialogue inter-religieux n’est pas un débat. C’est une conversation amicale. On ne cherche pas à mieux connaître l’autre et sa religion afin de voir si on pourra l’aimer. On l’aime d’abord et, à cause ce cet amour, on cherche à le mieux connaître. C’est ça l’Évangile. C’est la différence entre deux des termes utilisés en Grec pour parler de l’amour: Philos et Agapè.

Prudence, peur et réciprocité

Quand on parle de dialogue interreligieux, on entend souvent des mises en garde venant de personnes bien intentionnées. On nous recommande la prudence car, nous dit-on, certaines autres religions sont dangereuses. Certaines personnes ont peur. Certaines de ces peurs sont même légitimes. Telle ou telle religion a comme but ultime, comme espoir ultime d’éliminer toutes les autres et de former un seul peuple où tout le monde sera ce qu’ils sont. En attendant, ils pratiquent peut-être la patience et acceptent de dialoguer mais…

Les Juifs attendaient un messie un peu de ce genre, un messie qui réduirait l’univers à être dominé par le peuple juif. Le messie est venu et ils ne l’ont pas reconnu. Ce serait bien mal connaître le Dieu des chrétiens que de croire qu’il cherche à établir une domination d’un groupe humain par un autre groupe humain. Ce Dieu unique des religions monothéistes, c’est notre Dieu et nous n’avons rien à craindre de lui.

Considérant la façon avec laquelle nos frères chrétiens ont été traités dans certains pays, ne devrions-nous pas craindre que lorsqu’ils (ces gens de certaines religions non chrétiennes) seront assez nombreux ici, ils agiront de la même façon envers nous? C’est vrai qu’il faut être prudent. Il ne faut pas être naïf. Cependant le Christ nous a demandé d’aimer même nos ennemis, de souhaiter du bien à ceux qui nous persécutent. À plus forte raison, il faut aimer ceux qui ne sont pas nos ennemis. C’est en agissant en chrétiens que l’on règlera les problèmes s’il y en a.

Soyons assez humbles pour penser aux croisades et à l’inquisition. Nous avons maintenant dépassé ce stade car nous avons un peu mieux compris le message du Seigneur. Dieu peut aussi faire avancer la compréhension de nos frères d’autres croyances pour qu’ils n’aient plus de visées fratricides. Le fondamentalisme est une maladie qui peut attaquer toute religion et c’est en trouvant un traitement, en lavant les pieds d’une musulmane comme l’a fait le pape François, que nous éliminerons cette bactérie mangeuse d’amour.

L’amour chrétien n’est pas conditionnel à la réciprocité. Notre mission est d’être bons. C’est l’Esprit-Saint qui rendra les autres bons. Peut-être le sont-ils déjà et c’est nous qui ne l’avons pas encore remarqué.

Voici ce que le pape François dit à ce sujet :

« Une attitude d’ouverture en vérité et dans l’amour doit caractériser le dialogue avec les croyants des religions non chrétiennes, malgré les divers obstacles et les difficultés, en particulier les fondamentalismes des deux parties. Ce dialogue interreligieux est une condition nécessaire pour la paix dans le monde, et par conséquent est un devoir pour les chrétiens, comme pour les autres communautés religieuses. Ce dialogue est, en premier lieu, une conversation sur la vie humaine, ou simplement, comme le proposent les évêques de l’Inde, une « attitude d’ouverture envers eux, partageant leurs joies et leurs peines ». Ainsi, nous apprenons à accepter les autres dans leur manière différente d’être, de penser et de s’exprimer. De cette manière, nous pourrons assumer ensemble le devoir de servir la justice et la paix, qui devra devenir un critère de base de tous les échanges. Un dialogue dans lequel on cherche la paix sociale et la justice est, en lui-même, au-delà de l’aspect purement pragmatique, un engagement éthique qui crée de nouvelles conditions sociales. Les efforts autour d’un thème spécifique peuvent se transformer en un processus dans lequel, à travers l’écoute de l’autre, les deux parties trouvent purification et enrichissement. Par conséquent, ces efforts peuvent aussi avoir le sens de l’amour pour la vérité. »

Les sections qui suivent nous présenteront chacune des grandes religions de notre entourage afin que nous puissions les connaître et que tout au moins, nous puissions vivre en bons voisins avec les adeptes de ces fois qui sont aussi nos frères et sœurs en humanité, qui comme nous sont des enfants de Dieu.

Auparavant, voici une brève description et une certaine classification que l’on pourrait donner de ces religions que nous décrirons dans ces pages. Nous illustrerons aussi comment une religion qui est issue d’une autre est souvent une libération, une universalisation, un adoucissement de cette première religion.

Il y a les grandes religions abrahamiques :

Le judaïsme est bien décrit dans la première partie de la Bible, l’Ancien Testament. Cette religion est basée sur l’espoir d’un Messie qui viendrait sauver son peuple, le peuple juif et en ferait la nation dominante de l’univers.

Le christianisme est décrit dans le Nouveau Testament de la Bible. Les chrétiens ont reconnu que Jésus Christ était ce messie et qu’il venait étendre le salut à tous les peuples et que ce salut en était un d’amour et de spiritualité et non de domination matérielle.

Ce texte se veut la présentation d’une façon chrétienne de considérer le dialogue interreligieux. Il se peut qu’il y ait d’autres façons de voir parmi les chrétiens, je ne me crois pas infaillible, mais je ne suis pas le seul chrétien à penser comme je le fais.  Bien entendu, ce peut être utile aussi pour tout croyant qui veut se lancer dans la même aventure. Je ne veux cependant pas imposer à un non chrétien notre façon de voir. Je me dois de respecter l’autre comme j’espère le voir me respecter.

Ce tableau nous montre les changements que le christianisme a apportés en s’éloignant de la loi hébraïque.

Sabbat pour l’homme et non l’homme pour le sabbat                  Message pour toutes les nations et non seulement pour les Juifs  Libération de la circoncision et des restrictions alimentaires          L’amour universel est plus important que la loi, c’est la loi nouvelle.

L’Islam reconnaît aussi Abraham comme son père dans la foi. Mahomet vers l’an 570 de notre ère aurait reçu le Coran de l’ange Gabriel. Certains détails de cette religion sont empruntés à la Bible. Cependant le Coran diffère parfois de la Bible et nie certaines révélations bibliques en disant que les Juifs et les Chrétiens en ont déformé des passages. Au point de vue restrictions alimentaires et prescriptions sévères, l’Islam ressemble plus au Judaïsme qu’au Christianisme.

Le Bahaïsme a été fondé en 1863 par Baha’u’llah, qui était de religion musulmane, et qui se déclarait comme étant un autre prophète envoyé par Dieu à la suite, entre autres,  d’Abraham, Jésus et Mahomet pour continuer à porter aux humains le message de Dieu. En plus de reconnaître leur propre écriture sainte, celle de leur fondateur, ils reconnaissent aussi les livres sacrés des autres religions et veulent l’unité du genre humain et de toutes les religions.

Ce tableau nous montre les changements que le Bahaïsme a apporté en s’éloignant de la loi coranique.

Reconnaissance positive des autres religions et de leurs écritures saintes   

Recherche d’unité avec tous les croyants                                      Promotion du dialogue inter-religieux                                            Promotion de la paix

 

Il y a aussi les religions fondées en Indes:

L’Hindouisme est une religion très ancienne, peut-être la plus ancienne, nous n’avons aucune idée de qui l’aurait fondée. Elle reconnait un Dieu créateur tellement éloigné que c’est impossible de le rejoindre, c’est pourquoi il y a une multitude de dieux. On croit à une série de réincarnations dont on ne peut se libérer qu’après une période d’ascétisme très sévère. Elle exige des castes ou classes sociales hermétiques l’une à l’autre.

Le Bouddhisme, comme l’Hindouisme croit à une série de réincarnations, mais il lui apporte un ascétisme modéré. Il exclut aussi les castes. Il a un grand désir de paix et de prière méditative pour libérer les humains de la souffrance et du désir qui en est la cause. Il a une relation positive avec les croyants d’autres convictions religieuses.

Ce tableau nous montre les changements que le Bouddhisme  a apporté en s’éloignant de l’austérité extrême de l’Hindouisme.

 

Rejet de l’ascétisme extrême et promotion de la voie du milieu        Rejet des castes et promotion de l’égalité de tous                            Égalité des sexes

Le Sikhisme est une autre religion fondée en Indes. C’est une religion monothéiste, Elle s’inspire de l’Hindouisme et de l’islam.Elle croit en une réincarnation comme les deux autres religions de l’Indes. Elle accepte bien le dialogue avec les autres confessions. Il n’existe cependant aucune autre religion qui aurait le Sikhisme comme origine.

Enfin la spiritualité amérindienne:

Cette spiritualité est toute inspirée par la nature. Elle est une compréhension de la création comme don fait à l’humanité pour son utilité, Ce don demande qu’on en prenne bien soin et qu’on remercie le créateur. Les amérindiens pratiquent depuis toujours une religion très écologique. L’encyclique du pape François

Il existe de très nombreuses religions dans le monde. Celles dont nous parlons dans ce texte sont celles qui sont le plus connues dans notre milieu.