La voie royale de l’Évangélisation

La rédaction de la revue Univers a eu l’honneur d’accueillir Mgr Luigi Bonazzi, nonce apostolique au Canada depuis décembre 2013, qui a participé au Conseil national des Œuvres pontificales missionnaires (OPM) au Canada francophone. Fort de son expérience comme représentant du Saint-Siège dans des pays tels que Trinidad et Tobago, le Mozambique, l’Espagne ou bien les États-Unis, Mgr Bonazzi   parle lors de cette entrevue d’une dimension chrétienne qui lui est chère: la communion. Entrevue.

Vous avez dit, lors de votre intervention, que mission et communion vont ensemble: pouvez-vous préciser?

Ceux qui ont été envoyés par Jésus, ce sont les Apôtres. C’est donc au collège des Apôtres, le premier noyau de l’Église, que Jésus confie de continuer sa mission. À eux, il leur dit : « Ce que j’ai fait jusqu’à maintenant, continuez à le faire avec ma grâce.» Donc, c’est l’Église qui est le premier sujet de l’Évangélisation, Jésus étant le premier évangélisateur. Chaque chrétien, chaque disciple de Jésus est spontanément appelé à transmettre aux autres l’expérience, la découverte qu’il a faite du trésor qu’est l’Évangile. D’autant plus qu’il est authentiquement témoin, qu’il est dans la communion de l’Église. C’est pour cela que Jésus nous dit : « On reconnaîtra que vous êtes mes disciples si vous vous aimez les uns les autres. » (cf. Jn 13, 35)

Quelle est l’importance de la communion, quelle est sa portée?

La communion, c’est vivre cet amour concrètement dans les différentes situations de notre vie. La communion, en réalité, c’est la perfection de l’Amour. Dieu est amour. Or ce qui montre le visage de Dieu d’une façon parfaite, c’est la communion.

J’essaie, par exemple, par mes propres moyens et avec tout mon être, d’être profondément immergé dans la communion de l’Église. Cela se manifeste par l’effort que je fais chaque jour de faire la volonté de Dieu, d’aimer mon prochain que je rencontre, de vivre la Parole de Dieu et l’Eucharistie. Cependant, ce témoignage devient plus évident lorsqu’on est ensemble, lorsqu’on partage nos expériences et qu’on montre notre foi.

Prenons l’exemple de l’amour. Que fait l’amour? L’amour fait que tu te vides pour devenir rien devant ton prochain. Mais, étant rien, tu permets à ce dernier d’entrer en toi. Et, en quelque sorte, tu deviens ce prochain qui est devant toi. Quand, dans un couple, l’époux et l’épouse s’aiment vraiment, c’est tout à fait normal que l’un sente que l’autre vit en lui. Dans une famille, l’amour que l’épouse vit avec son mari fait que ses enfants rencontrent en elle non seulement leur mère mais aussi leur père.

D’un autre point de vue, si vous me demandez qui je suis, je réponds de façon un peu théorique que je suis Luigi Bonazzi. Mais je peux aussi répondre en disant que je suis le fruit de la communion que j’ai vécue tout au long de ma vie avec mes amis, avec tous les parents qui ont croisé mon chemin. Donc, je peux dire que je suis « eux »… Et je peux même dire que je suis « nous ».

Dans l’expérience de la vie chrétienne, chacun de nous a l’occasion d’expérimenter Dieu qui est à la fois un et trine, tout en faisant partie du Corps du Christ. Et ce, d’une façon très réelle. La communion est vraiment vécue, car dans la mesure où nous aimons vraiment, les autres vivent en nous et nous vivons dans les autres.

Pour vous, que signifie évangéliser? Et comment y parvient-on aujourd’hui?

Je crois que la voie royale de l’action missionnaire est toujours celle que Jésus nous a montrée et que nous devons avoir la sagesse d’emprunter aujourd’hui, dans notre contexte. Elle peut se résumer comme suit : Jésus est descendu sur terre, il a laissé le Paradis – pour ainsi dire – afin d’entrer dans notre quotidien et se faire l’un de nous. Saint Paul avait bien compris cela, lui qui a dit: « Je me suis fait tout à tous. » (cf. 1 Co 9, 22) Donc, la voie royale de l’Évangélisation, c’est avant tout de s’approcher des autres, de porter le respect, l’amour, l’attention aux autres. Parce que, finalement, que signifie l’Évangélisation pour Jésus? Il est venu pour nous dire : « Tu es important pour moi. Tu es tellement important pour moi que je donne ma vie pour toi. »

L’Évangélisation est aussi comparable à une mère qui ne cesse de donner sa vie pour son enfant, qu’il soit bon ou mauvais. Pourquoi? Parce que quoi que tu fasses, dirait la mère, tu es tellement important pour moi que je donne ma vie pour toi… parce que je t’aime.

Quand il s’agit d’aimer, il faut trouver les chemins pour vivre concrètement cet amour qui nous approche de l’autre; qui lui fait savoir qu’il est aimé et le met en condition de dire : « Pourquoi fais-tu cela? » Ce à quoi je réponds: « Jésus m’a enseigné que dans chaque personne, c’est lui qui est présent; Jésus m’a enseigné qu’il faut pardonner, même les ennemis; Jésus m’a enseigné que celui qui donne reçoit. » Ce sont les Béatitudes!

Je sens la joie aujourd’hui – même dans notre monde qui paraît être très indifférent à Dieu – de pouvoir vivre concrètement cette attitude d’attention et cet amour envers mon prochain, afin de lui faire comprendre que nous ne sommes pas seuls. Que la vie est habitée par un feu, par une lumière qui est celle de Dieu lui-même.

Les OPM et l’Église tout entière sont appelées à agir ainsi dans leur engagement missionnaire…

Bien sûr. D’ailleurs, j’étais très content d’avoir passé quelques jours avec les OPM au Canada francophone. J’ai vu des personnes qui ont compris très clairement qu’être membres des OPM signifie être avant tout des témoins. J’ai aussi rencontré des personnes intéressées à trouver tous les moyens possibles afin de pouvoir aider matériellement. Parce que l’Évangélisation a aussi besoin d’aide matérielle. Elle a aussi besoin de créativité afin de trouver cette aide qui peut permettre aux missionnaires, aux jeunes Églises, aux congrégations religieuses et aux séminaires en Afrique, en Asie et ailleurs de se développer, de donner à l’Église des artisans de l’Évangélisation.

Cela dit, je veux exprimer ma gratitude et donner ma bénédiction aux Œuvres pontificales missionnaires.