L’appel initial des premiers missionnaires
L’appel initial des premiers missionnaires
- Par le père Dinh Anh Nhue Nguyen, o.f.m. Conv., secrétaire général de l'Union pontificale missionnaire
11ÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE (ANNÉE A)
Ex 19,2-6a ; Ps 99 ; Rm 5,6-11 ; Mt 9,36-10,8
L’appel initial des premiers missionnaires
L’évangile de ce dimanche invite à réfléchir sur l’institution du groupe des Douze disciples-apôtres par le Christ pour ensuite les envoyer en mission. Il s’agit de l’appel initial des premiers missionnaires et, à ce titre, l’épisode est très riche en détails significatifs du point de vue missionnaire.
- «Voyant les foules, Jésus fut saisi de compassion envers elles ». Le cœur compatissant de Jésus à l’origine de la mission
Le premier détail du récit évangélique est la note de l’évangéliste sur l’état d’esprit de Jésus d’où partent ses actions ultérieures : « voyant les foules, Jésus fut saisi de compassion envers elles ». Il faut se rappeler que, juste avant, Matthieu souligne que « Jésus parcourait toutes les villes et tous les villages, enseignant dans leurs synagogues, proclamant l’Évangile du Royaume et guérissant toute maladie et toute infirmité » (Mt 9,35). Jésus, en « voyant les foules », n’est donc pas celui qui reste assis à un endroit pour observer les gens, mais celui qui, « parcourait toutes les villes …, enseignant …, proclamant …, et guérissant toute maladie et toute infirmité ». Il s’agit du voir et du sentir d’un missionnaire qui, conscient d’être “envoyé par Dieu le Père” (cf. Mc 1,38), va toujours vers les gens, reste parmi eux et s’immerge dans leur vie. La compassion de Jésus pour les foules n’est donc pas un sentiment passif et distant, mais une compassion active, qui se traduit par des engagements concrets et inlassables pour faire expérimenter à tous les réalités du royaume de Dieu. Nous voyons ici en Jésus un coeur compatissant qui est à la base de sa mission. Ce coeur sera aussi un modèle pour les disciples de Jésus qui seront choisis et envoyés par Lui pour collaborer à la même mission divine.
Parlant du cœur de Jésus et de la mission, le pape François a donné une réflexion lors de la audience avec les participants à l’Assemblée générale des Œuvres pontificales missionnaires du 3 juin 2023, avec des paroles très actuelles:
- Le Cœur de Jésus et la Mission. Avant tout, en contemplant le Cœur du Christ, nous découvrons la grandeur du projet de Dieu pour l’humanité. Le Père « a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle » (Jn 3, 16). Dans le Cœur transpercé du Crucifié, nous pouvons découvrir la mesure infinie de l’amour du Père : il nous aime d’un amour éternel ; il nous appelle à être ses enfants et à partager sa joie ; il vient nous chercher quand nous sommes perdus ; il nous relève quand nous tombons et il nous fait renaître de la mort. Jésus lui-même nous parle de l’amour du Père, quand il dit : « Telle est la volonté de Celui qui m’a envoyé : que je ne perde aucun de ceux qu’il m’a donnés » (Jn 6, 39).
Jésus nous a montré cela au long de sa vie : dans la compassion pour ceux qui étaient blessés, dans l’émotion devant la souffrance, dans la miséricorde avec laquelle il oignait les pécheurs, dans son immolation pour le péché du monde. Il nous a manifesté le cœur de Dieu, comme celui d’un Père qui nous attend toujours, qui nous voit de loin, qui vient à notre rencontre à bras ouverts ; un Père qui ne rejette personne, mais qui accueille tout le monde ; il n’exclut personne, mais il appelle chacun. […]
Nous avons été envoyés pour continuer cette mission : être signe du Cœur du Christ et de l’amour du Père, en embrassant le monde entier. Nous trouvons ici le “cœur” de la mission évangélisatrice de l’Église : rejoindre chacun avec le don de l’amour infini de Dieu, chercher chacun, accueillir chacun, offrir la vie pour chacun sans exclure personne. Tous. C’est le mot-clé. Quand le Seigneur nous parle de cette fête de noces (cf. Mt 22,1-14) qui a mal tourné parce que les invités ne sont pas venus : un parce qu’il avait acheté une vache, un autre parce qu’il devait voyager, un autre qui s’était marié… que dit le Seigneur ? Allez aux croisées des chemins et invitez tout le monde, tous : sains et malades, méchants, bons, pécheurs… tous. Il est au cœur de la mission : ce “tous”. Sans exclure personne. Tous. Chacune de nos missions naît donc du Cœur du Christ pour attirer tout le monde à lui. Et c’est là l’esprit mystique et missionnaire de la bienheureuse Pauline Marie Jaricot, fondatrice de l’Œuvre pour la Propagation de la Foi, qui a été si dévouée au Sacré-Cœur de Jésus.
- « Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson » La prière comme première action dans la Mission
Le deuxième aspect important de l’évangile d’aujourd’hui est précisément la toute première recommandation de Jésus à ses disciples, lorsqu’Il eut compassion des foules « désemparées et abattues comme des brebis sans berger » : « Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson ». Une fois de plus, il apparaît que la prière occupe la première place parmi les activités missionnaires, comme le Pape François l’a rappelé dans le Message pour la Journée missionnaire mondiale 2022. Cela s’avère plus que logique, car Dieu est “le maître de la moisson”, le maître de la Mission pour le salut de l’Humanité que Jésus accomplit maintenant, dans la plénitude des temps, et confie an suite à ses disciples.
La recommandation de prier Dieu est adressée aux disciples et précède également l’institution des douze “apôtres”, c’est-à-dire “envoyés”. Cela semble mettre en évidence Dieu comme le vrai protagoniste dont dépend toute chose de et de la mission, y compris l’action de Jésus d’appeler les premiers missionnaires, “ouvriers pour sa moisson”. D’autre part, alors que les Douze sont en quelque sorte les prémices des disciples-missionnaires, tous les disciples de Jésus sont invités à participer à la mission de Dieu, précisément par la prière concrète pour “la moisson” et pour l’abondance des “ouvriers”. Ils partagent ainsi le même souci, la même compassion et la même passion du Christ pour le Royaume, qui est celui de Dieu lui-même.
- «Ne prenez pas le chemin qui mène vers les nations païennes… Allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d’Israël ». La première instruction précieuse de Jésus et l’amour pour Israël
En instituant les premiers “apôtres” et en les envoyant en mission, Jésus leur a donné sa première instruction missionnaire qui commence par une recommandation surprenante du point de vue de l’universalité de la Mission : « Ne prenez pas le chemin qui mène vers les nations païennes … Allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d’Israël ». Ces mots doivent être compris dans le contexte général de la Parole de Dieu dans les Écritures concernant le plan divin pour le salut de toute l’humanité. On affirme clairement la volonté de Dieu, fidèle et miséricordieux, que « tous les hommes soient sauvés et parviennent à la pleine connaissance de la vérité » (1Tim 2,4). Le Christ lui-même après la résurrection enverra ses disciples à toutes les nations, à tous les peuples (cf. Mt 18,20), voire au monde entier pour prêcher l’Évangile à toute la Création (cf. Mc 16,15).
Par conséquent, la restriction des activités des apôtres aux seules “brébis égarées” d’Israël dans cette première instruction missionnaire de Jésus n’entend pas fixer des limites permanentes à la mission divine, mais plutôt souligner avant tout la fidélité absolue et inébranlable de Dieu à ses promesses à son peuple. Dans son plan divin, promis à travers les prophètes, Dieu en Christ à la fin des temps, c’est-à-dire au temps messianique, vient sauver son peuple et avec lui le monde entier. En effet, Jésus réaffirmera alors sa claire conscience de cette mission divine dans le dialogue avec la paїenne cananéenne (Mt 15,24: « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël »), sans toutefois lui nier la grâce divine en réponse à sa foi. Israël était, est, et sera dans le cœur de Dieu malgré tous ses péchés, ses infidélités, ses rejets passés, présents et même futurs (!), comme Il l’a déclaré avec des paroles vraiment émouvantes : « Je t’aime d’un amour éternel, aussi je te garde ma fidélité. De nouveau je te bâtirai, et tu seras rebâtie, vierge d’Israël » (Jer 31,3-4; Is 49,15: « Une femme peut-elle oublier son nourrisson, ne plus avoir de tendresse pour le fils de ses entrailles ? Même si elle l’oubliait, moi, je ne t’oublierai pas »).
Dans cette perspective, les premiers disciples-apôtres sont envoyés pour continuer la même mission de Jésus, en réalité celle de Dieu pour le salut du monde à partir d’Israël. En effet, le pouvoir de Jésus sur les esprits et sur “toute maladie et toute infirmité” leur a été transféré et les mêmes actions salvifiques que Jésus, le Messie, accomplit comme signe du temps messianique leur sont recommandées : « Sur votre route, proclamez que le royaume des Cieux est tout proche. Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, expulsez les démons ». Et tout cela doit être réalisé avec le souci du salut d’Israël toujours dans le cœur et dans l’esprit. À cet égard, voici le témoignage émouvant de saint Paul, apôtre des gentils : « C’est la vérité que je dis dans le Christ, je ne mens pas, ma conscience m’en rend témoignage dans l’Esprit Saint : j’ai dans le cœur une grande tristesse, une douleur incessante. Moi-même, pour les Juifs, mes frères de race, je souhaiterais être anathème, séparé du Christ : ils sont en effet Israélites, ils ont l’adoption, la gloire, les alliances, la législation, le culte, les promesses de Dieu ; ils ont les patriarches, et c’est de leur race que le Christ est né, lui qui est au-dessus de tout, Dieu béni pour les siècles. Amen » (Rm 9,1-5).
Que nous tous, disciples de Jésus, après avoir réfléchi sur ses actions et sur les recommandations de l’Évangile d’aujourd’hui, puissions sentir vivante la sollicitude divine pour les quelques ouvriers de sa moisson afin que nous puissions prier davantage et renouveler notre vocation à continuer avec plus de zèle la mission de Dieu en Christ de porter l’amour et le salut divin à toute l’Humanité et avec une pensée constante pour Israël, le peuple élu que Dieu a aimé pour l’éternité.
Benoît XVI, Message pour la XLV Journée mondiale de prière pour les vocations
13 AVRIL 2008 – IVe DIMANCHE DE PÂQUES Thème : « Les vocations au service de l’Église-mission »
Il était saisi de compassion pour les hommes, parce qu’en parcourant les villes et les villages, il rencontrait des foules fatiguées et abattues, «comme des brebis sans berger» (cf. Mt 9, 36). De ce regard d’amour jaillissait son invitation aux disciples : «Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson» (Mt 9, 38), et il envoya les Douze d’abord «aux brebis perdues de la maison d’Israël», avec des instructions précises. Si nous nous arrêtons pour méditer cette page de l’Évangile de Matthieu, que l’on appelle habituellement «le discours missionnaire», nous relevons tous les aspects qui caractérisent l’activité missionnaire d’une communauté chrétienne qui veut rester fidèle à l’exemple et à l’enseignement de Jésus. Correspondre à l’appel du Seigneur nécessite d’affronter, avec prudence et simplicité, tout danger et même les persécutions, puisque «le disciple n’est pas au-dessus de son maître, ni le serviteur au-dessus de son seigneur» (Mt 10, 24). Devenus un avec le Maître, les disciples ne sont plus seuls à annoncer le Royaume des cieux, mais c’est Jésus lui-même qui agit en eux : «Qui vous accueille m’accueille, et qui m’accueille accueille Celui qui m’a envoyé» (Mt 10, 40). Et en outre, comme véritables témoins, «revêtus d’une force venue d’en-haut» (Lc 24, 49), ils prêchent «la conversion et le pardon des péchés» (Lc 24, 47) à toutes les nations.
- C’est précisément parce qu’ils sont envoyés par le Seigneur que les Douze prennent le nom d’”apôtres”, destinés à parcourir les routes du monde en annonçant l’Évangile comme témoins de la mort et de la résurrection du Christ. Saint Paul écrit aux chrétiens de Corinthe : «Nous – c’est-à-dire les Apôtres – nous proclamons un Messie crucifié» (1 Co1, 23). Dans ce processus d’évangélisation, le livre des Actes des Apôtres attribue aussi un rôle très important à d’autres disciples, dont la vocation missionnaire provient de circonstances providentielles, parfois douloureuses, comme l’expulsion de leur terre en tant qu’adeptes de Jésus (cf. 8, 1-4). L’Esprit Saint permet de transformer cette épreuve en occasion de grâce et d’en tirer profit pour que le nom du Seigneur soit annoncé à d’autres peuples et qu’ainsi s’élargisse le cercle de la Communauté chrétienne. Il s’agit d’hommes et de femmes qui, comme l’écrit Luc dans le livre des Actes, «ont consacré leur vie à la cause de notre Seigneur Jésus Christ» (15, 26). Le premier de tous, appelé par le Seigneur lui-même à être un véritable Apôtre, est certainement Paul de Tarse. L’histoire de Paul, le plus grand missionnaire de tous les temps, fait émerger, sous de multiples points de vue, le lien entre vocation et mission. Accusé par ses adversaires de ne pas être autorisé à l’apostolat, il fait maintes fois appel à la vocation qu’il a reçue directement du Seigneur (cf. Rm 1, 1 ; Ga1, 11-12.15-17).
Pape François, Angélus, dimanche, 18 juillet 2021
Le style de Dieu est proximité, compassion et tendresse. Combien de fois dans l’évangile, dans la Bible, on trouve cette phrase: « Il eut compassion ». Ému, Jésus se consacre aux gens et il recommence à enseigner (cf. vv. 33-34). Cela semble une contradiction, mais en réalité, ce n’est pas le cas. En effet, seul un cœur qui ne se laisse pas emporter par la précipitation est capable de s’émouvoir, c’est-à-dire de ne pas se laisser prendre par lui-même ou par les choses à faire et de remarquer les autres, leurs blessures, leurs besoins. La compassion naît de la contemplation. Si nous apprenons à nous reposer vraiment, nous devenons capables d’une vraie compassion; si nous cultivons un regard contemplatif, nous poursuivrons nos activités sans l’attitude rapace de celui qui veut tout posséder et tout consommer; si nous restons en contact avec le Seigneur et que nous n’anesthésions pas la partie la plus profonde de nous-mêmes, les choses à faire n’auront pas le pouvoir de nous ôter le souffle et de nous dévorer. Nous avons besoin – écoutez cela – nous avons besoin d’une « écologie du cœur » faite de repos, de contemplation et de compassion. Profitons du temps estival pour cela!
Benoît XVI, Visite pastorale à Santa Maria di Leuca et Brindisi, homélie, dimanche, 15 juin 2008
Au Douze – avons-nous entendu -, Il “donna le pouvoir d’expulser les esprits mauvais et de guérir toute maladie et toute infirmité” (Mt 10, 1). Les Douze devront coopérer avec Jésus pour instaurer le Royaume de Dieu, c’est-à-dire sa seigneurie bénéfique, porteuse de vie, et de vie en abondance pour l’humanité tout entière. Substantiellement, l’Eglise, comme le Christ et avec Lui, est appelée et envoyée pour instaurer le Royaume de la vie et chasser la domination de la mort, pour que la vie de Dieu triomphe dans le monde. Que triomphe Dieu, qui est Amour. Cette œuvre du Christ est toujours silencieuse, elle n’est pas spectaculaire; c’est justement dans l’humilité de l’être Eglise, de vivre chaque jour l’Evangile, que grandit le grand arbre de la vie. C’est avec ces débuts humbles que le Seigneur nous encourage afin que, même dans l’humilité de l’Eglise d’aujourd’hui, dans la pauvreté de notre vie chrétienne, nous puissions voir sa présence et avoir ainsi le courage d’aller à sa rencontre et de rendre présent sur cette terre son amour, cette force de paix et de vie véritable.
Tel est donc le dessein de Dieu: répandre sur l’humanité et sur l’univers tout entier son amour qui engendre la vie. Ce n’est pas un processus spectaculaire; c’est un processus humble, qui porte cependant avec soi la vraie force de l’avenir et de l’histoire. C’est donc un projet que le Seigneur veut réaliser dans le respect de notre liberté, car l’amour par sa nature ne peut pas être imposé. L’Eglise est alors, dans le Christ, l’espace d’accueil et de médiation de l’amour de Dieu. Dans cette perspective, il apparaît clairement comment la sainteté et le caractère missionnaire de l’Eglise constituent deux revers de la même médaille: ce n’est qu’en tant que sainte, c’est-à-dire comblée de l’amour divin, que l’Eglise peut remplir sa mission, et c’est précisément en fonction de cette tâche que Dieu l’a choisie et sanctifiée comme sa propriété. Notre premier devoir est donc, justement pour assainir ce monde, celui d’être saints, conformes à Dieu; de cette manière une force sanctifiante et transformante vient de nous qui agit également sur les autres, sur l’histoire. […]
À cet égard, il est utile de réfléchir sur le fait que les douze apôtres n’étaient pas des hommes parfaits, choisis pour leur caractère moral et religieux irrépréhensible. Ils étaient croyants, oui, pleins d’enthousiasme et de zèle, mais marqués en même temps par leurs limites humaines, parfois même graves. Jésus ne les appela donc pas parce qu’ils étaient déjà saints, complets, parfaits, mais afin qu’ils le deviennent, afin qu’ils soient transformés pour transformer ainsi l’histoire aussi. Tout comme pour nous. Comme pour tous les chrétiens. Dans la deuxième lecture, nous avons entendu la synthèse de l’apôtre Paul: “Or la preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ est mort pour nous alors que nous étions encore pécheurs” (Rm 5, 8). L’Eglise est la communauté des pécheurs qui croient à l’amour de Dieu et se laissent transformer par lui, et deviennent ainsi saints, sanctifient le monde. […]
Il ne peut être que celui de Jésus : le style de la “compassion”. L’évangéliste le souligne en attirant l’attention sur le regard du Christ envers les foules: “Voyant les foules, – écrit-il – il eut pitié d’elles parce qu’elles étaient fatiguées et abattues, comme des brebis sans bergers” (Mt 9, 36). Et, après l’appel des Douze, il revient à cette attitude lors du commandement qu’Il leur donne de s’adresser aux “brebis perdues de la maison d’Israël” (Mt 10, 6). Dans ces expressions, on ressent l’amour du Christ pour son peuple, en particulier pour les petits et les pauvres. La compassion chrétienne n’a rien à voir avec le piétisme, avec l’assistentialisme. Elle est plutôt un synonyme de solidarité et de partage, et elle est animée par l’espérance. N’est-ce pas de l’espérance que naît la parole que Jésus adresse aux apôtres: “Sur votre route, proclamez que le Royaume des cieux est tout proche” (Mt 10, 7)? Il s’agit d’une espérance qui se fonde sur la venue du Christ et qui, en dernière analyse, coïncide avec sa personne et avec son mystère de salut – là où Il est, se trouve le Règne de Dieu, se trouve la nouveauté du monde -, comme le rappelait le thème du quatrième Congrès ecclésial italien, qui a été célébré à Vérone: le Christ ressuscité est l’”espérance du monde”.
(Photo: Pexels.com / RDNE Stock project)
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