L’amour est l’« essence » de la mission de l’Église
L’amour est l’« essence » de la mission de l’Église
- Par les OPM d’Italie, d’Inde et des É-U, avec l'UPM
À l’occasion des dimanches du Mois missionnaire d’octobre 2026, nous sommes heureux de vous proposer des méditations préparées pour l’ensemble du mois dans le cadre d’une collaboration entre les directions nationales des Œuvres pontificales missionnaires d’Italie, d’Inde et des États-Unis, avec le Secrétariat international de l’Union pontificale missionnaire (UPM).
Dimanche, 25 octobre 2026
30ème dimanche du Temps Ordinaire
Ex 22,20-26; Ps 17; 1Th 1,5c-10; Mt 22,34-40
Un docteur de la Loi s’approche de Jésus dans l’évangile d’aujourd’hui avec une question sur la chose la plus importante que nous devons faire dans la vie. « Maître », demande-t-il, « dans la Loi, quel est le grand commandement ? » Ce n’était pas une question facile, car il y a 613 préceptes dans l’Ancien Testament.
La réponse de Jésus, cependant, est claire et synthétique : « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. » Puis il ajoute deux choses. « Le second lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Et : « De ces deux commandements », c’est-à-dire tout ce que Dieu commande, « dépend toute la Loi, ainsi que les Prophètes. »
Tout dans la vie chrétienne découle de l’amour de Dieu et de l’amour du prochain, non pas comme deux réalités séparées, mais comme un seul mouvement interrelié. Jésus ne nous dit pas « Aimez-moi comme je vous ai aimés », mais « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. » Notre amour pour Jésus se manifestera dans notre amour pour le prochain, que Jésus nous appelle à aimer de toute notre intelligence, notre cœur et notre âme, sans restriction.
La première lecture du Livre de l’Exode rend cela très concret. Dieu parle avec urgence du traitement des vulnérables : l’étranger, la veuve, l’orphelin et le pauvre. Notre soin pour eux révèle notre amour pour Dieu. Cela montre si notre relation avec Dieu est réelle. Jésus le rendrait abondamment clair plus tard quand il dirait que la façon dont nous traitons l’affamé, l’assoiffé, le nu, l’étranger, le malade ou l’emprisonné est la façon dont nous le traitons lui (Mt 25,31-46).
Si partager l’amour de Dieu pour le prochain est si essentiel à la vie chrétienne, pourquoi est-ce parfois si difficile ? La réponse se trouve dans la deuxième lecture, quand saint Paul rappelle aux chrétiens de Thessalonique comment leur foi a commencé : non pas simplement comme un enseignement qu’ils ont reçu, mais comme une rencontre qui les a transformés. « Notre Évangile ne vous est pas parvenu seulement en paroles, mais aussi avec puissance et avec l’Esprit Saint », ce qui les a aidés à se convertir « des idoles afin de servir le Dieu vivant et véritable. » Nous ne pouvons pas vraiment aimer comme Jésus le commande à moins d’avoir d’abord rencontré son amour pour nous. Nous sommes aimés en premier, et de cet amour nous apprenons à aimer.
Tel est le fondement de l’activité missionnaire de l’Église.
Dans son message pour la Journée mondiale des missions 2026, le pape Léon XIV a souligné que l’amour est l’« essence » de la mission de l’Église. Il a dit : « La mission des disciples et de toute l’Église est le prolongement, dans l’Esprit Saint, de celle du Christ : une mission qui naît de l’amour, se vit dans l’amour et conduit à l’amour… Les Apôtres ont ensuite évangélisé, poussés par l’amour du Christ et pour le Christ (cf. 2 Co 5, 14). De la même manière, au cours des siècles, des foules de chrétiens, de martyrs, de confesseurs, de missionnaires ont donné leur vie pour faire connaître cet amour divin au monde. Ainsi, la mission évangélisatrice de l’Église se poursuit sous la conduite de l’Esprit Saint, Esprit d’amour, jusqu’à la fin des temps. »
Il a loué l’amour de Dieu et du prochain trouvé dans les missionnaires passés et présents, qui se sacrifient pour partager l’amour de Dieu avec des personnes qui étaient autrefois des étrangers. Comme saint François d’Assise, qui s’est jadis lamenté : « L’amour n’est pas aimé », il nous a exhortés, comme sainte Thérèse de Lisieux, « à aimer Jésus et à le faire aimer. »
Jésus dans l’évangile d’aujourd’hui indique clairement qu’aimer Dieu et le prochain — ou, selon les mots de sainte Thérèse, l’aimer et le faire aimer — est la chose la plus importante que nous devons faire. Tout le reste que l’Église fait repose sur ce double commandement, qui découle de l’expérience que Jésus nous a assez aimés pour donner sa vie pour nous et devenir ensuite notre propre nourriture dans le Sacrement de l’Amour — le signe efficace de l’amour divin — sur l’autel. Recevons cet amour à nouveau, laissons-nous en transformer encore davantage, et laissons ensuite cet amour déborder pour l’évangélisation et la transformation du monde.
Pape Léon XIV, Angélus, place de la Liberté (Castel Gandolfo), dimanche 13 juillet 2025
[…] Comme il est écrit dans la Loi : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur » et « ton prochain comme toi-même » (Lc10, 27 ; Dt 6, 5 ; Lv 19, 18). Ce faisant, nous répondons à l’amour du Père : la volonté de Dieu est, en effet, cette loi de vie que Dieu pratique Lui-même à notre égard, en nous aimant de tout son être en son Fils Jésus.
Regardons vers Lui ! Jésus est la révélation du véritable amour envers Dieu et envers l’homme : un amour qui se donne et ne possède pas, un amour qui pardonne et ne prétend rien, un amour qui secourt et n’abandonne jamais. Dans le Christ, Dieu s’est fait proche de chaque homme et de chaque femme : c’est pourquoi chacun peut et doit devenir proche de ceux qu’il rencontre sur son chemin. À l’exemple de Jésus, Sauveur du monde, nous sommes nous aussi appelés à apporter consolation et espérance, en particulier à ceux qui sont découragés et déçus.
Pour vivre éternellement, il n’est donc pas nécessaire d’esquiver la mort, mais de servir la vie, c’est-à-dire de prendre soin de l’existence des autres dans le temps que nous partageons. Telle est la loi suprême, qui précède toute règle sociale et lui donne son sens. […]
Pape Léon XIV, Message à l’occasion de la 34e Journée mondiale du malade 2026, 11 février 2026
La compassion du Samaritain : aimer en portant la douleur de l’autre
3 – Animés par l’amour de Dieu, pour nous retrouver nous-mêmes et retrouver notre frère.
Dans le double commandement : « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de tout ton esprit ; et ton prochain comme toi-même » (Lc 10, 27), nous pouvons reconnaître la primauté de l’amour de Dieu et sa conséquence directe sur la manière d’aimer et d’entrer en relation de l’homme dans toutes ses dimensions. « L’amour du prochain est la preuve tangible de l’authenticité de l’amour de Dieu, comme l’affirme l’apôtre Jean : “Dieu, personne ne l’a jamais contemplé. Si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous, en nous son amour est accompli. […] Dieu est Amour : celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu et Dieu demeure en lui” (1 Jn 4, 12.16) ». Même si l’objet de cet amour est différent : Dieu, le prochain, soi-même, et que nous pouvons les comprendre comme des amours distincts, ceux-ci sont toujours inséparables. La primauté de l’amour divin implique que l’action de l’homme soit accomplie sans intérêt personnel ni récompense, mais comme manifestation d’un amour qui transcende les normes rituelles et se traduit par un culte authentique : servir le prochain, c’est aimer Dieu dans la pratique.
Cette dimension nous permet également de remettre en cause ce que signifie s’aimer soi-même, ce qui implique de nous détourner de l’intérêt porté à l’estime de nous-même ou au sentiment de notre propre dignité fondés sur des stéréotypes de réussite, de carrière, de position ou de lignée, et de retrouver notre vraie position devant Dieu et devant notre frère. Benoît XVI disait que « La créature humaine, qui est de nature spirituelle, se réalise dans les relations interpersonnelles. Plus elle les vit de manière authentique, plus son identité personnelle mûrit également. Ce n’est pas en s’isolant que l’homme se valorise lui-même, mais en se mettant en relation avec les autres et avec Dieu ».
Chers frères et sœurs, « le véritable remède aux blessures de l’humanité est un mode de vie fondé sur l’amour fraternel qui trouve sa source dans l’amour de Dieu ». Je souhaite vivement que cette dimension fraternelle, “samaritaine”, inclusive, courageuse, engagée et solidaire, qui trouve sa racine la plus intime dans notre union avec Dieu, dans la foi en Jésus-Christ, ne manque jamais dans notre style de vie chrétien. Enflammés par cet amour divin, nous pourrons vraiment nous donner en faveur de tous ceux qui souffrent, en particulier nos frères malades, âgés et affligés.
Catéchisme de l’Église catholique
2086 “ Le premier des préceptes embrasse la foi, l’espérance et la charité. Qui dit Dieu, en effet, dit un être constant, immuable, toujours le même, fidèle, parfaitement juste. D’où il suit que nous devons nécessairement accepter ses Paroles, et avoir en lui une foi et une confiance entières. Il est tout-puissant, clément, infiniment porté à faire du bien. Qui pourrait ne pas mettre en lui toutes ses espérances ? Et qui pourrait ne pas l’aimer en contemplant les trésors de bonté et de tendresse qu’il a répandus sur nous ? De là cette formule que Dieu emploie dans la Sainte Écriture soit au commencement, soit à la fin de ses préceptes : ‘Je suis le Seigneur’ ” (Catech. R. 3, 2, 4).
2090 Lorsque Dieu se révèle et appelle l’homme, celui-ci ne peut répondre pleinement à l’amour divin par ses propres forces. Il doit espérer que Dieu lui donnera la capacité de l’aimer en retour et d’agir conformément aux commandements de la charité. L’espérance est l’attente confiante de la bénédiction divine et de la vision bienheureuse de Dieu ; elle est aussi la crainte d’offenser l’amour de Dieu et de provoquer le châtiment.
Benoit XVI, Lettre encyclique aux évêques, aux prêtres et aux diacres, aux personnes consacrées, et à tous les fidèles laïcs sur l’amour chrétien, Deus caritas est
Amour de Dieu et amour du prochain
- Dieu, nul ne l’a jamais vu – comment pourrions-nous l’aimer ? Et, d’autre part : l’amour ne peut pas se commander; c’est en définitive un sentiment qui peut être ou ne pas être, mais qui ne peut pas être créé par la volonté. L’Écriture semble confirmer la première objection quand elle dit: « Si quelqu’un dit: “J’aime Dieu”, alors qu’il a de la haine contre son frère, c’est un menteur. En effet, celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, est incapable d’aimer Dieu, qu’il ne voit pas» (1 Jn 4, 20). Mais ce texte n’exclut absolument pas l’amour de Dieu comme quelque chose d’impossible; au contraire, dans le contexte global de la Première Lettre de Jean, qui vient d’être citée, cet amour est explicitement requis. C’est le lien inséparable entre amour de Dieu et amour du prochain qui est souligné. Tous les deux s’appellent si étroitement que l’affirmation de l’amour de Dieu devient un mensonge si l’homme se ferme à son prochain ou plus encore s’il le hait. On doit plutôt interpréter le verset johannique dans le sens où aimer son prochain est aussi une route pour rencontrer Dieu, et où fermer les yeux sur son prochain rend aveugle aussi devant Dieu.
- L’amour du prochain se révèle ainsi possible au sens défini par la Bible, par Jésus. Il consiste précisément dans le fait que j’aime aussi, en Dieu et avec Dieu, la personne que je n’apprécie pas ou que je ne connais même pas. Cela ne peut se réaliser qu’à partir de la rencontre intime avec Dieu, une rencontre qui est devenue communion de volonté pour aller jusqu’à toucher le sentiment. J’apprends alors à regarder cette autre personne non plus seulement avec mes yeux et mes sentiments, mais selon la perspective de Jésus Christ. Son ami est mon ami. Au-delà de l’apparence extérieure de l’autre, jaillit son attente intérieure d’un geste d’amour, d’un geste d’attention, que je ne lui donne pas seulement à travers des organisations créées à cet effet, l’acceptant peut-être comme une nécessité politique. Je vois avec les yeux du Christ et je peux donner à l’autre bien plus que les choses qui lui sont extérieurement nécessaires: je peux lui donner le regard d’amour dont il a besoin. Ici apparaît l’interaction nécessaire entre amour de Dieu et amour du prochain, sur laquelle insiste tant la Première Lettre de Jean. Si le contact avec Dieu me fait complètement défaut dans ma vie, je ne peux jamais voir en l’autre que l’autre, et je ne réussis pas à reconnaître en lui l’image divine. Si par contre dans ma vie je néglige complètement l’attention à l’autre, désirant seulement être «pieux» et accomplir mes «devoirs religieux», alors même ma relation à Dieu se dessèche. Alors, cette relation est seulement «correcte», mais sans amour. Seule ma disponibilité à aller à la rencontre du prochain, à lui témoigner de l’amour, me rend aussi sensible devant Dieu. Seul le service du prochain ouvre mes yeux sur ce que Dieu fait pour moi et sur sa manière à Lui de m’aimer.
Pape François, Angélus, place Saint Pierre, dimanche, 25 octobre 2020
Dans l’Evangile d’aujourd’hui, Jésus nous aide encore une fois à aller à la source vive et jaillissante de l’amour. Et cette source c’est Dieu lui-même, qu’il faut aimer totalement dans une communion que rien ni personne ne peut briser. Un communion qui est un don à invoquer tous les jours, mais également un engagement personnel pour que notre vie ne devienne pas esclave des idoles du monde. Et notre chemin de conversion et de sainteté trouve toujours sa preuve dans l’amour pour notre prochain. Voilà quelle est la preuve: si je dit «J’aime Dieu» et que je n’aime pas mon prochain, cela ne va pas. La preuve que j’aime Dieu c’est que j’aime mon prochain. Tant qu’il y aura un frère ou une sœur à qui nous fermons notre cœur, nous serons loin d’être des disciples comme Jésus nous le demande. Mais sa miséricorde divine ne nous permet pas de nous décourager; au contraire, elle nous appelle à recommencer chaque jour, pour vivre l’Evangile de façon cohérente.
(Photo: Pexels.com / Audrey Of Course)
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