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La Bonne Nouvelle pour les pauvres de Dieu

La Bonne Nouvelle pour les pauvres de Dieu
- Par le père Dinh Anh Nhue Nguyen, o.f.m. Conv., secrétaire général de l'Union pontificale missionnaire

4ÉME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE (ANNÉE A)

So 2,3 ; 3,12-13 ; Ps 145 ; 1Co 1,26-31 ; Mt 5,1-12a

La Bonne Nouvelle pour les pauvres de Dieu

Après la première annonce de Jésus « Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche », nous sommes invités à réfléchir sur les Béatitudes qui ouvrent le premier discours du Maître de Nazareth dans l’évangile de Matthieu. Pour qui le veut, je renvoie à l’étude en trois volumes intitulées “Les Béatitudes” du bibliste P. Jacques Dupont. Voir également le cycle des catéchèses du pape François sur les Béatitudes aux audiences générales à partir du 29 janvier 2020. Je ne ferai que signaler les trois aspects plus importants pour une réflexion sur l’évangile de ce dimanche.

  1. Une scène majestueuse

Il faut souligner l’atmosphère solennelle que l’évangéliste Matthieu a voulu donner à la proclamation des Béatitudes. En effet, il faut que chaque auditeur s’immerge dans “ce temps”, voie et perçoive toute la solennité du moment dans lequel Jésus annonce le discours pour mettre en valeur l’importance de l’enseignement, puis le vivre avec révérence et gratitude.

Avant tout, le lieu de la proclamation est la montagne. Saint Matthieu explicite : « voyant les foules, Jésus gravit la montagne ». La montagne rappelle le mont Sinaï où Dieu lui-même a transmis par l’intermédiaire de Moïse le don de la Torah, traduite communément comme la Loi. Toutefois, elle ne doit pas seulement être comprise comme les commandements-préceptes législatifs à observer, mais aussi et surtout comme l’ensemble des enseignements divins à suivre. Maintenant, Jésus est lui aussi sur la montagne. Il sera donc le nouveau Moïse, par qui Dieu donnera la Torah de la nouvelle alliance. C’est pourquoi, le discours que Jésus fait est appelé “Discours sur la montagne” et considéré comme la manifestation ou la Constitution du royaume de Dieu dont la venue est annoncée par Jésus au début de son ministère publique. C’est le premier enseignement par excellence de Jésus dans l’évangile selon l’ordre chronologique et même d’importance.

L’atmosphère solennelle de l’enseignement est ultérieurement exaltée par la description de la position de Jésus, avant qu’il parle : « Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent de lui ». S’asseoir avec les disciples autour est la position habituelle d’un maître (rabbin) quand il enseigne la Loi divine. Toujours en vue de la solennité, même la description de l’acte de parler de Jésus est très extraordinaire : « ouvrant la bouche, il les enseignait ». Au lieu d’un simple et immédiat « il les enseignait » qui serait suffisant, l’évangéliste a préféré la redondance solennelle : « ouvrant la bouche ». Il faut garder à l’esprit cette scène majestueuse pour apprécier davantage le message des Béatitudes qui seront le cœur de l’Évangile, la bonne nouvelle que Jésus annonce avec autorité divine.

  1. « Heureux les pauvres… »

Le premier discours de Jésus dans l’évangile de Matthieu s’ouvre avec les séries des huit béatitudes proclamées à la troisième personne du pluriel (« Heureux les pauvres…, car… est à eux… »), suivies après par la béatitude conclusive adressée directement aux auditeurs, déclinée à la deuxième personne du pluriel (« Heureux êtes-vous si l’on vous insulte… »).

Ici, on peut parler sans fin sur chaque béatitude. On va souligner l’importance primaire de la béatitude aux pauvres qui occupe, en effet, la première place. C’est précisément le cœur de l’Évangile, c’est-à-dire de la Bonne Nouvelle de Dieu que Jésus apporte au monde, particulièrement aux “pauvres”, en accomplissant sa mission d’“évangéliser” : « Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux ».

« Les pauvres de cœur » sont les premiers destinataires du royaume de Dieu. Comme il a été précisé par l’évangéliste, il ne s’agit pas seulement de l’état de pauvreté matérielle, mais plutôt d’une attitude de l’esprit. Les pauvres sont ceux qui n’ont aucun appui ou sécurité dans la vie sinon en Dieu lui-même. Ils sont ceux qui, malgré tout, la précarité de la vie, les tribulations, les oppressions, continuent à mettre toute leur confiance en Dieu qui sauve. Dans cette perspective, on peut entrevoir que les pauvres en esprit sont la catégorie qui embrasse tous les types mentionnés dans les béatitudes successives.

D’un côté, les pauvres en esprit sont ceux qui sont dans les larmes, les affamés et les assoiffés de la justice, et les persécutés pour la justice (sous-entendue divine). Ils sont tous bienheureux, c’est-à-dire heureux selon le sens hébraïque du terme, non parce que leur situation de pauvreté ou de misère, de larme, de faim et de soif, ou de persécution soit bonne et louable en soi, mais parce que dans une telle situation ils obtiennent la grâce particulière de Dieu s’approchant d’eux pour leur donner le bonheur de son Royaume, à savoir sa présence amoureuse salvifique. D’un autre côté, les pauvres en esprit se révèlent identifiables aux doux et aux humbles, aux miséricordieux, aux cœurs purs, aux artisans de paix ou aux pacifiques, parce que celles-ci sont les caractéristiques des personnes appelées “pauvres” de Dieu dans l’AT. Ils constituent « un peuple pauvre et petit », destinataire privilégié du salut divin à la fin des temps (cf. So 2,3 ; 3,12-13 ; première lecture). L’état de bienheureux qui leur est proclamé apparaît ainsi comme une exhortation implicite à l’engagement de conversion à ces valeurs pour accueillir les réalités salvifiques du Royaume.

  1. Suivre Jésus le premier “heureux” et “pauvre” de Dieu

Enfin, faut-il rappeler que Jésus lui-même, comme le souligne saint Paul, s’est fait pauvre pour nous pour nous enrichir par sa pauvreté. Voici les paroles de l’apôtre : « Vous connaissez en effet le don généreux de notre Seigneur Jésus Christ : lui qui est riche, il s’est fait pauvre à cause de vous, pour que vous deveniez riches par sa pauvreté » (2Co 8,9). Jésus est donc le premier bienheureux “pauvre de Dieu” et ainsi, nous pouvons entrevoir son profil dans chaque type de destinataire des béatitudes annoncées. En réalité, le chemin des Béatitudes n’est pas une simple suite des valeurs sociales ou éthiques, bien qu’elles soient valides, mais une manière de suivre la personne de Jésus, Dieu-Homme des Béatitudes que, comme le dit saint Paul, « lui qui est devenu pour nous sagesse venant de Dieu, justice, sanctification, rédemption » (1Co 1,30 ; deuxième lecture). Ainsi, nous devenons nous aussi hommes et femmes des béatitudes divines qui les vivent et les transmettent aux autres, proches et lointains.

Prions pour notre conversion et celle de tous au royaume de Dieu et à son Évangile des Béatitudes :

Ô Seigneur, fais-nous sentir ton cœur tout épris du royaume de Dieu ainsi que ton invitation cordiale à la conversion à ton Évangile de paix et d’amour. Aide-nous à vivre constamment cette conversion dans nos vies, afin que nous-mêmes, avec toi et en toi, devenions l’invitation vivante, en paroles et en actes, à la conversion au Royaume pour ceux qui ne te connaissent pas. Laisse ton visage briller sur nous, et nous serons sauvés et resplendissants de ta lumière pour le monde entier. Marie, mère du Christ et mère de ses disciples, priez pour nous ! 

Pape Léon XIV, Message pour la 100e Journée mondiale des missions 2026 (18 octobre 2026),

Un dans le Christ, unis dans la mission

  1. Mission d’amour. Annoncer, vivre et partager l’amour fidèle de Dieu

Si l’unité est la condition de la mission, l’amour en est la substance. La Bonne Nouvelle que nous sommes envoyés annoncer au monde n’est pas un idéal abstrait : c’est l’Évangile de l’amour fidèle de Dieu, incarné dans le visage et la vie de Jésus-Christ.

La mission des disciples et de toute l’Église est le prolongement, dans l’Esprit Saint, de celle du Christ : une mission qui naît de l’amour, se vit dans l’amour et conduit à l’amour. À tel point que le Seigneur lui-même, dans sa grande prière au Père avant sa Passion, après avoir invoqué l’unité des disciples, conclut ainsi : « Que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux et que moi aussi, je sois en eux » (Jn 17, 26). Les Apôtres ont ensuite évangélisé, poussés par l’amour du Christ et pour le Christ (cf. 2 Co 5, 14). De la même manière, au cours des siècles, des foules de chrétiens, de martyrs, de confesseurs, de missionnaires ont donné leur vie pour faire connaître cet amour divin au monde. Ainsi, la mission évangélisatrice de l’Église se poursuit sous la conduite de l’Esprit Saint, Esprit d’amour, jusqu’à la fin des temps.

Je tiens donc à remercier tout particulièrement les missionnaires ad gentes d’aujourd’hui : des personnes qui, comme saint François Xavier, ont quitté leur terre, leur famille et toute forme de sécurité pour annoncer l’Évangile, apportant le Christ et son amour dans des lieux souvent difficiles, pauvres, marqués par des conflits ou culturellement éloignés. Ils continuent à se donner avec joie malgré les adversités et les limites humaines, car ils savent que le Christ lui-même, avec son Évangile, est la plus grande richesse à partager. Par leur persévérance, ils montrent que l’amour de Dieu est plus fort que toute barrière. Le monde a encore besoin de ces courageux témoins du Christ, et les communautés ecclésiales ont encore besoin de nouvelles vocations missionnaires, que nous devons toujours garder à cœur et pour lesquelles nous devons sans cesse prier le Père. […]

Pape Léon XIV, 9e Journée mondiale des pauvres, Homélie, 23e dimanche du Temps ordinaire, 16 novembre 2025

Lorsque nous lisons l’Évangile, l’une des phrases que nous connaissons tous est « Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux. » (Mt 5, 3). Nous voulons tous faire partie des pauvres du Seigneur, car notre vie est un don de Dieu et nous la recevons avec beaucoup de gratitude.

[…] Combien de pauvretés oppriment notre monde ! Il s’agit avant tout de pauvretés matérielles, mais il existe également de nombreuses situations morales et spirituelles, qui souvent touchent surtout les plus jeunes. Et le drame qui les traverse toutes de manière transversale est la solitude. Celle-ci nous met au défi de considérer la pauvreté de manière globale, car il est certes parfois nécessaire de répondre à des besoins urgents mais, plus généralement, nous devons développer une culture de l’attention, précisément pour briser le mur de la solitude. C’est pourquoi nous voulons être attentifs à l’autre, à chacun, là où nous sommes, là où nous vivons, en transmettant cette attitude déjà de la famille, pour la vivre concrètement sur les lieux de travail et d’étude, dans les différentes communautés, dans le monde numérique, partout, jusqu’aux périphéries, en devenant témoins de la tendresse de Dieu.

Aujourd’hui, les théâtres de guerre, malheureusement présents dans différentes régions du monde, semblent nous conforter dans un sentiment d’impuissance. Mais cette mondialisation de l’impuissance est fondée sur un mensonge : la croyance que l’histoire a toujours été ainsi et ne peut changer. L’Évangile, en revanche, nous dit que le Seigneur vient nous sauver précisément dans les bouleversements de l’histoire. Et nous, communauté chrétienne, nous devons être aujourd’hui, un signe vivant de ce salut au milieu des pauvres. […]

Pape Léon XIV, Jubilé du monde éducatif, Messe et proclamation de « Docteur de l’Église » de saint John Henry Newman, Homélie, Solennité de la Toussaint – 1er novembre 2025

C’est aussi le sens de l’Évangile des Béatitudes proclamé aujourd’hui. Les Béatitudes apportent une nouvelle interprétation de la réalité. Elles sont le chemin et le message de Jésus éducateur. À première vue, il semble impossible de déclarer bienheureux les pauvres, ceux qui ont faim et soif de justice, les persécutés ou les artisans de paix. Mais ce qui semble inconcevable dans la grammaire du monde prend tout son sens et toute sa lumière dans la proximité du Royaume de Dieu. Chez les saints, nous voyons ce royaume s’approcher et se réaliser parmi nous. Saint Matthieu présente à juste titre les Béatitudes comme un enseignement, représentant Jésus comme un Maître qui transmet une nouvelle vision des choses et dont la perspective coïncide avec son cheminement. Les Béatitudes, toutefois, ne sont pas un enseignement parmi d’autres : elles sont l’enseignement par excellence. De la même manière, le Seigneur Jésus n’est pas un maître parmi tant d’autres, il est le Maître par excellence. Plus encore, il est l’Éducateur par excellence. Nous, ses disciples, nous sommes à son école, en apprenant à découvrir dans sa vie, c’est-à-dire dans le chemin qu’il a parcouru, un horizon de sens capable d’illuminer toutes les formes de connaissance. Puissent nos écoles et nos universités être toujours des lieux d’écoute et de pratique de l’Évangile ! […]

Pape Léon XIV, Commémoration des martyrs et témoins de la foi du 21e siècle, Homélie, basilique Saint-Paul-hors-les-Murs, 24e dimanche du temps ordinaire, 14 septembre 2025

Aujourd’hui encore, de nombreux frères et sœurs, à cause de leur témoignage de foi dans des situations difficiles et des contextes hostiles, portent la même croix du Seigneur : comme Lui, ils sont persécutés, condamnés, tués. Jésus dit d’eux : « Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des cieux est à eux. Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi » (Mt 5, 10-11). Ce sont des femmes et des hommes, des religieuses et des religieux, des laïcs et des prêtres, qui paient de leur vie leur fidélité à l’Évangile, leur engagement pour la justice, leur lutte pour la liberté religieuse là où elle est encore violée, leur solidarité avec les plus pauvres. Selon les critères du monde, ils ont été “vaincus”. En réalité, comme nous le dit le Livre de la Sagesse : « Au regard des hommes, ils ont subi un châtiment, mais l’espérance de l’immortalité les comblait » (Sa 3, 4).

Frères et sœurs, au cours de l’Année jubilaire, nous célébrons l’espérance de ces témoins courageux de la foi. C’est une espérance pleine d’immortalité, parce que leur martyre continue à diffuser l’Évangile dans un monde marqué par la haine, la violence et la guerre ; c’est une espérance pleine d’immortalité, car, bien qu’ayant été tués dans leur corps, personne ne pourra étouffer leur voix ou effacer l’amour qu’ils ont donné ; c’est une espérance pleine d’immortalité, parce que leur témoignage demeure comme une prophétie de la victoire du bien sur le mal.

Oui, leur espérance est désarmée. Ils ont témoigné de leur foi sans jamais recourir à la force et à la violence, mais en embrassant la faible et douce force de l’Évangile, selon les paroles de l’apôtre Paul : « C’est très volontiers que je mettrai plutôt ma fierté dans mes faiblesses, afin que la puissance du Christ fasse en mois sa demeure. […] Car, lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort » (2Cor 12, 9-10).

[…] Ces audacieux serviteurs de l’Évangile et martyrs de la foi, « forment comme une grande fresque de l’humanité chrétienne […]. C’est la fresque de l’Évangile des Béatitudes, vécu jusqu’à l’effusion du sang » (S. Jean-Paul II, Commémoration œcuménique des Témoins de la foi du XXème siècle, 7 mai 2000). […]

Pape François, Audience générale, salle Paul VI, mercredi, 29 janvier 2020

Nous commençons aujourd’hui une série de catéchèses sur les Béatitudes dans l’Évangile de Matthieu (5, 1-11). Ce texte qui ouvre le «Discours sur la montagne» et qui a illuminé la vie des croyants, et aussi de nombreux non-croyants. Il est difficile de ne pas être touché par ces paroles de Jésus, et le désir de les comprendre et de les accueillir toujours plus pleinement est juste. Les Béatitudes contiennent la «carte d’identité» du chrétien — c’est notre carte d’identité — parce qu’elles définissent le visage de Jésus lui-même, son style de vie.

[…]

Mais que signifie le mot «heureux» ? Pourquoi chacune des huit Béatitudes commence-t-elle par le mot «heureux» ? Le terme original n’indique pas quelqu’un qui a le ventre plein ou qui a la belle vie, mais c’est une personne qui est dans une condition de grâce, qui progresse dans la grâce de Dieu et qui progresse sur le chemin de Dieu : la patience, la pauvreté, le service aux autres, la consolation… Ceux qui progressent dans ces choses sont heureux et seront bienheureux.

Dieu, pour se donner à nous, choisit souvent des voies impensables, parfois celles de nos limites, de nos larmes, de nos échecs. C’est la joie pascale, dont parlent nos frères orientaux, celle qui a les stigmates mais qui est vivante, a traversé la mort et a fait l’expérience de la puissance de Dieu. Les Béatitudes te conduisent à la joie, toujours ; elles sont la voie pour atteindre la joie. Il nous fera du bien aujourd’hui de prendre l’Évangile de Matthieu, chapitre cinq, versets un à onze, et de lire les Béatitudes — peut-être d’autres fois encore pendant la semaine — pour comprendre ce chemin si beau, si sûr du bonheur que le Seigneur nous propose. […]

 

 

 

(Photo: Pexels.com / Sirmudi Photography)

 

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