< Retour aux ressources

L’Amour et la Mission

L’Amour et la Mission
- Par le père Dinh Anh Nhue Nguyen, o.f.m. Conv., secrétaire général de l'Union pontificale missionnaire

VI DIMANCHE DE PÂQUES (ANNEE B)

At 10,25-27.34-35.44-48; Sal 97; 1Jn 4, 7-10; Jn 15,9-17

L’Amour et la Mission

L’évangile d’aujourd’hui est la suite du discours de Jésus, « la vigne véritable », de dimanche dernier. Toujours plongés dans la joie du temps pascal et dans la mémoire de ce à quoi nous a appelé le Christ ressuscité, il y a une semaine, c’est-à-dire à rester en lui et dans ses paroles, nous poursuivons notre méditation sur l’enseignement de Jésus en ce jour. De nouveau nous cherchons à entrer dans une sorte de « lectio divina » du passage, en nous attardant quasiment sur chaque phrase de ce passage pour en saisir non seulement les aspects importants mais surtout le cœur de Jésus qui bat derrière chaque mot susurré aux siens, presque comme un testament spirituel.

  1. « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés ». La chaine de transmission de l’amour et de la mission divine.

L’affirmation de Jésus, citée ci-dessus, marque le début de la seconde partie de son discours sur la vigne, qui expose l’implication concrète de la métaphore vigne-sarments. On souligne la « chaîne » de transmission de l’amour ; du Père à Jésus et ensuite de Jésus à ses disciples. Une telle construction de transmission (le Père-Jésus-les disciples) renvoie naturellement à la déclaration solennelle que Jésus laissera aux siens, encore réunis dans le Cénacle, le soir du jour de la Résurrection : « Comme le Père m’a envoyé, moi je vous envoie » (Jn 20,21). Cette phrase résonne presque comme une formule d’investiture officielle des disciples pour la mission divine, ceux-ci étant du coup devenus objets du don de l’Esprit Saint pour la rémission des péchés.

Dans la même perspective de transmission, après la déclaration de la chaîne d’amour, les disciples sont exhortés à rester dans l’amour de Jésus par l’observation des commandements (comme Jésus face au Père) pour la joie complète. Il est rappelé le « chemin » des commandements comme moyen concret et sûr pour rester dans l’amour de Jésus (V. 9,10). Dans cette dernière expression (l’amour de Jésus), le génitif peut aussi bien indiquer l’amour de Jésus pour les disciples (génitif du sujet) que l’amour que les disciples ont pour lui (génitif du complément). La première interprétation est davantage conforme au contexte et à la construction grammaticale du verset 9 (« demeurez dans mon amour ») alors que la seconde prévaut pour le verset 10 (« Si vous gardez mes commandements vous demeurerez dans mon amour » en face de « si vous m’aimez, suivez mes commandements » dans Jn 14,15).

La mention de la joie au verset 11 (« je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite ») fait allusion à l’aspect fondamental de la vie, la vie de bonheur et éternelle (la phrase semble conclure une pensée avec les mots caractéristiques « je vous ai dit cela pour que… »). Ceci est réaffirmé dans l’invitation à la joie de Jésus qui, émergeant de la joie des disciples, peut trouver sa plénitude, c’est-à-dire devenir complète, abondante (comme dans Jn 10,10 lorsque Jésus déclare qu’Il est venu pour donner la vie, la vie en abondance).

  1. «Mon commandement le voici; aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés.». L’insistance sur l’amour réciproque.

De l’amour de Jésus et pour Jésus, nous passons au commandement de l’amour réciproque entre les disciples, qui est le fruit concret lorsqu’on est en Jésus. On reprend l’exhortation du « commandement nouveau », déjà prononcée au début du discours d’adieu, juste après la sortie de Judas du Cénacle (cf Jn 13, 34-35). En insistant sur l’amour mutuel entre les disciples, qui doit trouver sa source et son guide dans l’amour de Jésus lui-même pour eux, on approfondit l’expression concrète et plus élevée d’un tel amour ; « donner sa vie pour ceux qu’on aime » (verset 13). Ici, le terme « la vie » (psyche) désigne la vie biologique plus que théologique, à la différence de he zoe « la vie » que Jésus a déclaré être dans Jn 14,6 (« Je suis le chemin, la vérité et la vie »). La phrase dans Jn 15,13 a clairement une dimension christologique et fait allusion à la mort de Jésus, comme elle est déjà annoncée dans le discours du bon pasteur (Jn 10,11.15). De plus, cette vie « offerte » a un lien étroit avec la vie donnée, cette vie nouvelle et éternelle qui correspond au terme grec he zoe (Jn 10,10.11 ; cf 12,25). Jésus offre sa vie terrestre (psyche) parce qu’il possède la vraie vie (zoe), la vie éternelle depuis le commencement (cf. Jn 1,4)

Cette perspective d’éternité aide à comprendre en profondeur l’amitié dont Jésus parle et qu’il développe dans les versets suivants (versets 13-16). Il faut avoir à l’esprit que nous sommes encore dans le contexte de l’amour puisque le mot filoi(« amis ») dérive directement de fileo (« aimer »), utilisé dans quelques passages de l’Evangile de Jean en combinaison avec le verbe jumeau agapao (cf par exemple les trois demandes de Jésus à Pierre dans Jn 21,15-17). C’est pourquoi le mot “amis” dans la déclaration de Jésus doit être compris dans son sens le plus fort de « bien-aimés ». Ainsi, le Seigneur ne nous a plus appelés serviteurs mais « amis » « bien-aimés » et il a montré son plus grand amour en donnant sa vie pour ses « amis » « bien-aimés ».

  1. «C’est moi qui vous ai choisis et établis afin que vous alliez …» La mission de l’amour

L’expression « je vous ai établis » est un élément de la théologie sacerdotale. En effet, nous remarquons avec le bibliste italien Guiseppe Segall que « le verbe hébreu correspondant à celui utilisé ici (établir) est prononcé dans le judaïsme pour l’ordination des rabbins et dans Nm 8,10 pour l’ordination des lévites ». (Segalla, Giovanni, 397). Il s’agit d’une pensée, reflétée dans Ap 1,6 et 5,10, selon laquelle le Christ, avec son sang, nous a sauvés et a fait de nous une royauté de prêtres pour Dieu son Père. A la lumière de ces passages bibliques, nous pouvons deviner la dignité « établie » des chrétiens, disciples du Christ, comme « prêtres » de Dieu et aussi comme « envoyés », « missionnaires » avec la mission particulière « d’aller et de porter du fruit » de manière durable.

On insiste ainsi, dans les paroles de Jésus à la fin du discours sur la vie, sur le thème du « fruit », de l’exaucement de la prière, mais maintenant tout est mis en perspective missionnaire avec le verbe précis « aller ». De cette manière, la répétition depuis le commandement de l’amour entre les disciples jusqu’à la conclusion de tout le passage de la mission est liée à l’évangélisation confiée par Jésus aux siens. Un tel amour n’est plus une question d’engagement éthique personnel, mais un témoignage et une proclamation de l’identité des disciples au regard de tous. Cela est conforme à ce que Jésus avait déclaré à ses disciples au début de son discours d’adieu : « À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres.» (Jn 13,34).

Prions donc avec la prière prévue pour la collecte dans le missel italien pour ce dimanche ;

O Dieu, qui nous a aimés en premier et nous a donné Ton Fils, pour que nous recevions la vie par Lui, fais que dans ton Esprit nous apprenions à nous aimer les uns les autres comme Lui nous a aimés, jusqu’à donner notre vie pour nos frères. Par le Christ notre Seigneur. Amen.

Références utiles:

Catéchisme de l’Église Catholique

2074 Jésus dit : « Je suis la vigne ; vous êtes les sarments. Celui qui demeure en moi et moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruit ; car hors de moi, vous ne pouvez rien faire » (Jn 15, 5). Le fruit évoqué dans cette parole est la sainteté d’une vie fécondée par l’union au Christ. Lorsque nous croyons en Jésus Christ, communions à ses mystères et gardons ses commandements, le Sauveur vient lui-même aimer en nous son Père et ses frères, notre Père et nos frères. Sa personne devient, grâce à l’Esprit, la règle vivante et intérieure de notre agir. « Voici quel est mon commandement : vous aimer les uns les autres, comme je vous ai aimés » (Jn 15, 12).

COMMENTAIRE DE SAINT CYRILLE D’ALEXANDRIE SUR L’ÉVANGILE DE JEAN (Livre 10, chapitre 2 : PG 74, 331-334)

Le Seigneur dit qu’il est lui-même la vigne, pour nous apprendre à nous attacher à son amour et nous montrer combien d’avantages nous retirons de notre union avec lui. Et il compare aux sarments ceux qui lui sont unis, ajustés en quelque sorte et fixés en lui : ceux-là sont déjà participants de sa nature du fait qu’ils ont reçu le Saint-Esprit en partage. Car ce qui nous unit au Christ Sauveur, c’est son Esprit Saint.

L’union avec la vigne de ceux qui se joignent à elle vient de leur libre choix ; mais de la part de la vigne à notre égard, cela vient de sa nature. C’est en vertu d’un bon choix que nous nous avançons par la foi, et nous devenons de sa race parce que nous avons reçu de lui la dignité de fils adoptifs. En effet, selon saint Paul, celui qui s’unit au Seigneur ne fait plus qu’un esprit avec lui.

En d’autres endroits de l’Écriture, par la voix du Prophète, le Christ est appelé base et fondement. En effet, c’est sur lui que nous sommes bâtis, et nous sommes appelés pierres vivantes et spirituelles, en vue d’un sacerdoce saint, pour devenir une habitation de Dieu dans l’Esprit, et nous ne pouvons pas entrer dans cet édifice si nous n’avons pas le Christ comme fondation. C’est dans le même sens que Jésus dit ici qu’il est la vigne qui engendre et nourrit les sarments.

En effet, nous avons reçu la nouvelle naissance de lui et en lui, dans l’Esprit, en vue de porter des fruits de vie ; non pas de la vie ancienne et dépassée, mais de la vie renouvelée par la foi et l’amour envers lui. Maintenons-nous dans cet état, greffés en quelque sorte sur le Christ, attachés coûte que coûte au commandement sacré qui nous a été donné. Évertuons-nous à conserver les avantages de notre noblesse, c’est-à-dire à ne laisser aucunement contrister le Saint-Esprit qui a fait son habitation en nous, et par qui l’on sait que Dieu demeure en nous.

Comment nous sommes dans le Christ, et lui en nous, le sage saint Jean nous l’a montré par cette parole : Nous reconnaissons qu’il demeure en nous, et nous en lui, parce qu’il nous a donné son Esprit.

De même que la souche de la vigne fournit et distribue aux sarments la qualité naturelle qui lui est propre et qui est en elle, c’est ainsi que le Verbe, Fils unique de Dieu le Père, introduit chez les saints une sorte de parenté avec sa nature en leur donnant l’Esprit, surtout à ceux qui lui sont unis par la foi et par une parfaite sainteté. Il les nourrit et fait progresser leur piété, il développe en eux la science de toute vertu et de toute bonté.

 

 

(Photo: Pexels.com / Wallace Chuck)

 

Partager sur les médias sociaux:

Trouvez une ressources

Effectuez une recherche par mot(s) clé(s)

Partager sur les médias sociaux:

Infolettre

Abonnez-vous à notre infolettre pour recevoir les toutes dernières nouvelles de nos oeuvres! Billets de blogue, nouvelles, vidéos et contenus exclusifs vous attendent à chaque mois!

Le Pape compte sur votre engagement

Contribuez au développement de l'Église en terre de mission, et apportez l'espoir du Christ.

Faire un don