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« Frères, en attendant la venue du Seigneur, prenez patience » (Jc 5,7)

3e dimanche de l’Avent (Année A)
- Par le père Dinh Anh Nhue Nguyen, o.f.m. Conv., secrétaire général de l'Union pontificale missionnaire

3ÉME DIMANCHE DE L’AVENT (ANNÉE A)

Is 35,1-6a.10; Ps145; Jc 5,7-10; Mt 11,2-11

Viens, Seigneur, et sauve-nous !

« Frères, en attendant la venue du Seigneur, prenez patience » (Jc 5,7)

Le troisième dimanche de l’Avent est appelé dimanche Gaudete ou “ Réjouissez-vous!”, du premier mot de l’antienne d’entrée de la messe. Nous sommes donc invités à nous réjouir, car la fête de la venue du Seigneur est proche, spirituellement et aussi littéralement. Dans ce contexte de joyeuse attente, la Parole de Dieu d’aujourd’hui nous exhorte à méditer sur un aspect fondamental de la foi en Dieu et en Jésus, “celui qui vient”, le regard toujours fixé sur saint Jean-Baptiste, le “précurseur”. Il s’agit de la constance dans la foi au milieu des épreuves et des difficultés de la vie. C’est la vertu chrétienne et missionnaire si nécessaire à tout disciple missionnaire du Christ dans le monde d’aujourd’hui.

  1. « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » – Les doutes de Jean-Baptiste, le messager de Dieu

L’Évangile nous place devant Jean-Baptiste enfermé en prison, qui envoie ses disciples demander à Jésus une clarification : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » On peut donc se demander si Jean-Baptiste, le prophète envoyé par Dieu, avait effectivement eu des doutes sur l’identité et la mission de Jésus de Nazareth, comme celui qu’il (Jean-Baptiste) avait lui-même annoncé et désigné plus tard comme le messie de Dieu, « celui qui doit venir » (Évangile de dimanche dernier).

Le contexte de l’Évangile semble nous faire supposer que même Jean avait des hésitations dans la foi en Jésus, le messie de Dieu, celui qui viendrait à la fin des temps pour exécuter le jugement de Dieu sur le monde et aussi pour libérer les opprimés et les des prisonniers comme lui à ce moment-là. Si bien que Jésus a voulu terminer sa réponse par une béatitude particulière qui équivaut à une invitation indirecte, mais cordiale et très personnelle adressée à Jean : « Heureux celui pour qui je ne suis pas une occasion de chute ! ».

Les doutes de Jean ne concernaient pas sa foi au Dieu tout-puissant d’Israël qui viendra sauver son peuple. Ils concernaient plutôt la mission, les activités et, par conséquent, l’identité messianique de Jésus. En effet, comme le souligne Matthieu l’Évangéliste, Jean envoya ses disciples à Jésus avec cette prémisse, « entendit parler […], des œuvres réalisées par le Christ », c’est-à-dire des « œuvres du messie », c’est-à-dire des « œuvres messianiques » accomplies par Jésus. Les prophètes d’Israël l’écrivent en effet, en particulier dans le livre d’Isaïe, concernant les activités libératrices de l’Oint de Dieu en the Spirit : « L’esprit du Seigneur Dieu est sur moi (…) Il m’a envoyé annoncer la bonne nouvelle aux humbles, guérir ceux qui ont le cœur brisé, proclamer aux captifs leur délivrance, aux prisonniers leur libération […] » (Is 61,1). Alors Jean aurait pu penser : « Si oui, pourquoi suis-je en prison pour l’amour de Dieu, et Jésus, le messie, ne semble pas très intéressé par ma libération ? »

Les doutes de Jean sont légitimes, voire “fondés” sur l’Écriture. Elles concernent la mission de Jésus de Nazareth, mais aussi par réflexion, selon toute vraisemblance, elles amènent Jean à douter de sa propre mission de prophète, précurseur et héraut du Christ. Ce moment de ténèbres que Dieu a laissé à son prophète, “envoyé spécial”, sera donc très significatif : un épisode révélateur et en même temps éducatif pour nous tous chrétiens, témoins et hérauts du Christ dans le monde d’aujourd’hui. Si un moment de crise est arrivé aux meilleurs comme Jean-Baptiste, il nous arrivera aussi, parfois, de ne pas comprendre les voies du Seigneur et la mission du Christ, précisément à cause de nos limites humaines. Cependant, cette expérience est permise par Dieu, car elle est salutaire et nécessaire quelquefois pour notre croissance dans la compréhension de sa mission et donc de notre mission de collaborateurs, à condition que nous recourions directement à Jésus en temps de crise, comme l’a fait Jean-Baptiste.

  1. « Heureux celui pour qui je ne suis pas une occasion de chute! »

En répondant à Jean-Baptiste, Jésus nous invite à réfléchir à nouveau sur ses œuvres, vues et entendues par les disciples de Jean (« Allez annoncer à Jean ce que vous entendez et voyez : Les aveugles retrouvent la vue, et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, et les sourds entendent, les morts ressuscitent, et les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle »). Telle sera leur mission simple : témoigner et confirmer l’identité messianique de Jésus à travers l’annonce des œuvres citées. Ce sont précisément des œuvres messianiques, annoncées par des prophètes comme Isaïe (première lecture) et désormais accomplies et prouvées par Dieu en Jésus, résumées dans le fait emblématique que « les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle ».

A cet égard, il convient de rappeler l’invitation particulière de Jésus lui-même aux juifs sceptiques : « Si je ne fais pas les œuvres de mon Père, continuez à ne pas me croire. Mais si je les fais, même si vous ne me croyez pas, croyez les œuvres. Ainsi vous reconnaîtrez, et de plus en plus, que le Père est en moi, et moi dans le Père » (Jn 10,37-38). Ce sont donc les œuvres authentiques de Dieu que Jésus a accomplies au temps messianique pour le bien du peuple, et elles démontrent le visage doux et miséricordieux de Dieu et de son Christ, qui agit sans vengeance pour une justice terrestre nationaliste, comme certains en cette époque croyait et espérait. Le point de référence sera toujours la personne du Christ et sa manière d’agir qui donne l’accomplissement véritable et authentique des Écritures selon la pensée de Dieu. Rappelons-nous : Dieu est toujours plus grand que tout projet humain, fruit de la projection de ce que Dieu devrait agir selon la pensée purement humaine. Nous sommes tous invités à purifier nos pensées à la lumière des actions et de l’enseignement du Christ, la Sagesse Incarnée de Dieu, qui proclame : « Heureux celui pour qui je ne suis pas une occasion de chute ! ».

Cette purification sert toujours dans la vie de foi avec Jésus, et plus encore dans la mission d’évangélisation avec lui. Pour un vrai disciple-missionnaire du Christ, il sera toujours utile et « salutaire » de mesurer sa mission avec celle du Christ, pour éviter l’exécuter selon des pensées et des critères humains. Et si quelqu’un par hasard vivait maintenant des moments de crise ou d’épreuve, lorsque la “mission” ne se passe pas comme prévu, il suffit d’en remercier le Seigneur et de l’accueillir comme un moment opportun pour entrer dans une compréhension plus profonde de la mission du Christ, celle de Dieu que le Christ a accompli puis confiée à ses disciples.

  1. Constance joyeuse ou joie constante dans la foi et la mission en prévision de sa venue

Continuons donc avec joie notre préparation à la venue du Seigneur, tant sur le plan existentiel (préparation à la venue définitive du Christ) que sur le plan temporel (préparation à Noël). Je répète ce que l’Apôtre Jacques exhorte dans sa lettre (deuxième lecture) : « Frères, en attendant la venue du Seigneur, prenez patience ». Cette attitude précieuse, la constance ou patience, s’avère fondamentale non seulement pour vivre la foi dans l’attente du Seigneur, mais aussi pour accomplir toute mission de Dieu avec patience et détermination au milieu des difficultés et des épreuves.

À cet égard, l’image, indiquée par l’Apôtre Jacques, du fermier qui « attend les fruits précieux de la terre avec patience, jusqu’à ce qu’il ait fait la récolte précoce et la récolte tardive » est plus qu’appropriée. Qu’il soit dans l’esprit de tous les disciples-missionnaires du Christ, en particulier ceux qui traversent un moment difficile, de retrouver la sérénité et la paix dans une plus grande compréhension du plan divin. Chérissons-nous l’exhortation de Dieu pour nous tous par l’apôtre saint Jacques : « Frères, prenez pour modèles d’endurance et de patience les prophètes qui ont parlé au nom du Seigneur », y compris l’exemple de Jean-Baptiste, le plus grand « parmi ceux qui sont nés de femmes », prophète messager du Christ.

Pape François, Audience Générale, Mercredi, 7 septembre 2016

Nous avons écouté un passage de l’Évangile de Matthieu (11, 2-6). L’intention de l’évangéliste est de nous faire entrer plus profondément dans le mystère de Jésus, pour saisir sa bonté et sa miséricorde. L’épisode est le suivant: Jean-Baptiste envoie ses disciples chez Jésus — Jean était en prison — pour lui poser une question très claire : « Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? » (v. 3). […] Et la réponse de Jésus semble à première vue ne pas correspondre à la demande de Jean-Baptiste. En effet, Jésus dit : « Allez rapporter à Jean ce que vous entendez et voyez : les aveugles voient et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés et les sourds entendent, les morts ressuscitent et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres ; et heureux celui qui ne trébuchera pas à cause de moi ! » (vv. 4-6). L’intention du Seigneur Jésus devient ici claire : Il répond qu’il est l’instrument concret de la miséricorde du Père, qui va à la rencontre de tous en apportant la consolation et le salut, et de cette façon, il manifeste le jugement de Dieu. Les aveugles, les boiteux, les lépreux, les sourds, retrouvent leur dignité et ne sont plus exclus en raison de leur maladie, les morts revivent, tandis que la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres. Et cela devient la synthèse de l’action de Jésus qui de cette façon, rend visible et tangible l’action même de Dieu.

Le message que l’Église reçoit de ce récit de la vie du Christ est très clair. Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour punir les pécheurs ni pour éliminer les méchants. Il leur adresse au contraire l’invitation à la conversion afin que, voyant les signes de la bonté divine, ils puissent retrouver le chemin du retour. Comme le dit le Psaume : « Si tu retiens les fautes, Yahvé, Seigneur, qui subsistera ? / Mais le pardon est près de toi, pour que demeure ta crainte » (130, 3-4).

Catéchisme de l’Église Catholique

163 La foi nous fait goûter comme à l’avance, la joie et la lumière de la vision béatifique, but de notre cheminement ici-bas. Nous verrons alors Dieu “ face à face ” (1 Co 13, 12), “ tel qu’Il est ” (1 Jn 3, 2). La foi est donc déjà le commencement de la vie éternelle : « Tandis que dès maintenant nous contemplons les bénédictions de la foi, comme un reflet dans un miroir, c’est comme si nous possédions déjà les choses merveilleuses dont notre foi nous assure qu’un jour nous en jouirons » (S. Basile, Spir. 15, 36 : PG 32, 132 ; cf. S. Thomas d’A., s. th. 2-2, 4, 1).

547 Jésus accompagne ses paroles par de nombreux “ miracles, prodiges et signes ” (Ac 2, 22) qui manifestent que le Royaume est présent en Lui. Ils attestent que Jésus est le Messie annoncé (cf. Lc 7, 18-23).

548 Les signes accomplis par Jésus témoignent que le Père l’a envoyé (cf. Jn 5, 36 ; 10, 25). Ils invitent à croire en lui (cf. Jn 10, 38). A ceux qui s’adressent à lui avec foi, il accorde ce qu’ils demandent (cf. Mc 5, 25-34 ; 10, 52 ; etc.). Alors les miracles fortifient la foi en Celui qui fait les œuvres de son Père : ils témoignent qu’il est le Fils de Dieu (cf. Jn 10, 31-38). Mais ils peuvent aussi être “ occasion de chute ” (Mt 11, 6). Ils ne veulent pas satisfaire la curiosité et les désirs magiques. Malgré ses miracles si évidents, Jésus est rejeté par certains (cf. Jn 11, 47-48) ; on l’accuse même d’agir par les démons (cf. Mc 3, 22).

(Photo: pexels.com/Iarlaith McNamara)

 

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